Mohamed-Cherif Belmihoub, consultant, Professeur en management et développement industriel
Le professeur d’économie Mohamed Cherif Belmihoub estime que la politique de la balance commerciale nécessite d’être traitée dans le cadre de la transformation économique que l’Algérie attend depuis très longtemps

« Les politiques de restriction des importations par les licences ou par la protection tarifaire ne doivent être que conjoncturelles, sinon on étouffe toute l’économie », estime dans un entretien à El Watan, Mohamed Cherif Belmihoub, professeur d’économie et de management et consultant. L’expert relève que le tiers des importations va aux inputs du système productif et l’autre tiers aux biens d’équipement, et dès lors que les importations sont réduites, « c’est tout le système de production qui s’en trouve affecté ». Pour l’économiste, la politique de la balance commerciale (ou la politique du commerce extérieur) ne doit pas être de court terme ou conjoncturelle, (ce qui relève de la régulation à court terme : ouvrir et fermer les importations). En revanche, cette question problème doit être traitée, selon M. Belmihoub, dans le cadre de la transformation économique que l’Algérie attend depuis très longtemps. « Exporter plus (ce qui est exportable) et importer moins (par des substitutions aux importations) sont des problèmes structurels et qui nécessitent des traitements approfondis », analyse l’économiste.

Il convient de rappeler que l’interdiction d’importer une liste de produits divers a ouvert la voie à l’informel, et contraint des commerces à fermer boutique ou carrément à changer d’activité, des entreprises se sont retrouvées en manque d’intrants, sans parler la flambée des prix et les pénuries de produits. La mise en place du mécanisme DAPS portant sur 1095 produits soumis à une taxe allant de 30 à 200%, devrait permettre la relance et la réouverture économiques de cette activité aux opérateurs importation. Cette mesure introduite dans la loi de finances complémentaire de l’année 2018 vise à protéger et encourager la production nationale, réduire la facture des importations et aussi décourager certains importateurs qui, souvent, gonflent leurs factures.

« On ne gère pas un pays de la taille de l’Algérie avec une perspective annuelle »

Par ailleurs, Mohamed Cherif Belmihoub relève qu’il n’existait pas de projet politique qui va au-delà de la loi de finances. « On ne gère pas un pays de la taille de l’Algérie (le réel et le potentiel) avec une perspective annuelle. Les enjeux sont tellement importants pour notre pays de par sa position, sa taille relative en Afrique et dans le monde arabe, ses potentiels économiques que les défis soient du même ordre. C’est pourquoi nous avons besoin d’une ambition, d’une vision et d’une projection à long terme », soutient-il. Pour lui, la loi de finances annuelle est un document essentiellement budgétaire (dépenses et recettes de l’Etat et dispositions fiscales et quelques dispositions à caractère régulatoire) et n’ayant donc pas vocation à traiter les problèmes structurels de l’économie nationale.

« La loi de finances est un outil d’exécution des politiques économiques et des politiques publiques et n’a pas vocation à se substituer à une vision globale du pays à terme. Cette ambition exprimée dans une vision donnerait de l’espoir à chacun et à l’ensemble des acteurs pour leur permettre de se projeter, de prendre des risques et d’investir dans l’avenir », a déclaré Belmihoub pour qui le fait d’accorder trop d’importance à la loi de finances dans les débats montre « l’indigence de la réflexion sur les questions fondamentales ».  L’économiste déplore que la trajectoire budgétaire 2016-2019 suggérée par les rédacteurs du nouveau modèle de croissance économique pour justement sortir de l’annualité de la loi de finances n’ait pas été respectée.