Les professionnels de la filière lait interpellent les pouvoirs publics sur les déséquilibres financiers auxquels font face les laiteries depuis des années à cause des prix administrés. Des difficultés accentuées par la récente dévaluation du dinar par la Banque d’Algérie et la flambée des prix de la poudre de lait sur les marchés mondiaux.

 

Même s’ils jugent « inopportune » une augmentation du prix de vente du sachet de lait « dans la conjoncture institutionnelle actuelle », les industriels du lait exhortent néanmoins le gouvernement à réagir de sorte à préserver les équilibres financiers de leurs entreprises.

C’est du moins ce qui ressort de l’Assemblée générale extraordinaire du Comité Interprofessionnel du Lait (CIL), qui s’est tenue le 20 janvier au siège de la Chambre Nationale de l’Agriculture à Alger. Selon la CIL, les dysfonctionnements actuels sur le marché du lait ont pour origine, le gel par voie réglementaire de deux prix administrés : celui de la vente du sachet de lait « inchangé depuis treize ans » et celui de l’achat de la poudre de lait auprès de l’ONIL (Office national interprofessionnel du lait) également invariable depuis six ans.
Le second paramètre concerne l’accroissement, depuis six ans, des charges d’exploitation dont «les prix ne peuvent être ni domestiqués ni administrés», selon les industriels du lait qui invoquent dans ce sens l’impact, de la récente dépréciation monétaire de 10% du dinar sur les coûts du litre de lait en sachet. « Après la douloureuse crise de 2007, la profession bute à nouveau sur un scénario dysfonctionnel qui couve depuis la fin 2013. Ce scénario atteindra son paroxysme dans quelques jours à un moment non souhaité ni calculé par la profession », déclarent les industriels du lait, selon qui la rentabilité financière des laiteries devient négative depuis janvier 2014.
Des mesures autres que l’augmentation du prix du sachet de lait
Dans une note technique élaborée et transmise à la tutelle par le CIL en date du 3 novembre 2013, les industriels du lait évaluent le déficit du litre de lait à hauteur de 1,65 DA. Le CIL déplore le silence des Pouvoirs publics « alors que cette alerte est donnée depuis deux mois » et demandent au gouvernement de réagir « en se souciant de la préservation des équilibres financiers de toutes nos entreprises en usant de toute formule adéquate, à l’exception de l’augmentation du prix de vente du sachet de lait, qui n’est pas opportune dans la conjoncture institutionnelle actuelle ».
Dans une note réalisée en novembre 2013, le docteur Abed Larbi, de l’université de Mostaganem, a indiqué que l’impact d’une dépréciation monétaire cumulée depuis le 1er Janvier 2008 – date de la création de l’ONIL et de la fixation du prix de rétrocession de la poudre de lait à 159DA/kg – jusqu’à cette récente dépréciation du dinar « est remarquable ». «Elle est fondamentalement le fait d’un impact conjoint et cumulé d’une inflation actualisée de 36% et d’une dépréciation monétaire moyenne (Euro et Dollar) de 16% sur la période 2008/2013 ».
Selon cet universitaire, le coût des autres charges d’exploitation (emballages, salaires, amortissements, autres charges…), hors-matière ou hors-poudre de lait, représente pas moins de 25% du prix de revient d’un sachet de lait et ce, indépendamment des salaires qui ont connu trois augmentations du SNMG (10.000,00 à 18.000,00 DA). Et de la récente obligation faite aux producteurs d’utiliser le pack en carton à la place du sachet en polyéthylène.