Dans la province du Kef, au nord-ouest de la Tunisie, à la frontière avec l’Algérie, un nouveau barrage est en est train d’être construit par Sinohydro, société spécialisée dans les travaux hydrauliques, sur le fleuve Mellègue, la principale ressource en eau pour les plus de 240.000 habitants de la province.

Les bénéfices d’un barrage

Selon Qiu Yusheng, responsable du chantier, ce projet devant s’achever en 2022 sera l’un des plus grands barrages de Tunisie, avec un bassin de plus de 190 millions de m³ d’eau. Il satisfera aux besoins en eau pour la consommation quotidienne et les activités agricoles du Kef, où la production d’avoine demeure un pilier économique, malgré la sécheresse due à une forte vaporisation.
Le développement économique de la province du Kef est relativement moindre que celui des provinces de l’est du pays, note M. Qiu, ajoutant que le manque des ressources en eau et l’insuffisance des infrastructures demeurent des obstacles importants pour la production agricole et d’autres activités économiques de la région.
Le barrage est d’ores et déjà bénéfique pour la famille de Wael Torkhani, habitant du Kef, chef-lieu de la province du même nom, avant même d’attendre les avantages prévus ces prochaines années.
Avant d’être recruté par Sinohydro, cet homme de 24 ans, père d’un enfant, était peintre apprenti. « Je me débrouillais un peu partout pour assurer mon pain quotidien », se souvient-il dans un entretien accordé à Xinhua.
Selon lui, une trentaine de jeunes de son quartier sont engagés dans ce projet. « Personnellement, je pense que des projets similaires pourraient venir en aide à toute une jeunesse tunisienne désespérée avec une donne économique décevante », affirme-t-il.

Un savoir-faire transmis par la Chine

Qiu Yusheng confirme que plus de 130 ouvriers locaux ont été recrutés grâce à ce chantier d’un type rarement vu dans cette région ces dernières années.
« Normalement, cinq à six ouvriers tunisiens travaillent avec un technicien chinois qui leur transmet son savoir-faire, ce qui leur permet de maîtriser les capacités nécessaires », explique-t-il.
Chen Faji a entamé en 2016 sa troisième mission en Tunisie, après la première en 1993 et la seconde en 2001. Actuellement, il travaille avec six apprentis tunisiens sur le chantier du barrage.
Au début, la barrière de la langue est le premier souci pour M. Chen et ses apprentis. « On ne pouvait pas se comprendre, ce qui nous empêchait de travailler ensemble », avoue cet homme de 56 ans.
Petit à petit, il a créé un langage unique, mêlant l’arabe et le chinois, ainsi que des gestes. Désormais, « il n’y a plus de problème de communication entre nous ».
Aujourd’hui, M. Torkhani, l’un des apprentis de M. Chen, confie : « Les Chinois nous ont transmis leur savoir-faire essentiellement en matière de travail à la chaîne, mais ils nous ont surtout inculqué l’amour de ce que nous faisons, d’où la perfection du résultat ».
Selon lui, « les patrons chinois ne nous traitent pas comme de simples ouvriers, mais plutôt comme des amis. Vraiment, ce traitement me semble assez noble ».
Naji Touhami, conducteur d’engins de levage depuis plus de 32 ans, a rejoint Sinohydro il y a un an et demi. Selon cet homme de 54 ans, ses collègues chinois l’aident à apprendre les techniques clés pour opérer ces engins en vue d’optimiser ses performances et son efficacité.
M. Touhami pense que trois atouts majeurs caractérisent le travail avec les Chinois, à savoir la ponctualité, la discipline ainsi qu’une remarquable souplesse dans la gestion des ressources humaines.
Ce qui le rend le plus heureux, c’est la rémunération satisfaisante, largement supérieure au revenu moyen des habitants locaux.
« J’ai tout ce qu’il faut pour rendre ma vie heureuse », assure-t-il.

Des chinois décédés sur le sol tunisien

Parmi la dizaine de Chinois enterrés dans un cimetière situé en centre-ville de Tunis figurent quatre collègues de Xue Mingxing, directeur exécutif de Sinohydro en Tunisie.
« Leurs histoires sont racontées de génération en génération au sein de notre société », assure M. Xue, soulignant qu’ils ont apporté une contribution précieuse à la coopération sino-tunisienne et qu’ils ne seront jamais oubliés.
Pour l’ambassade de Chine en Tunisie et les responsables de sociétés chinoises installées dans ce pays nord-africain, se rassembler tous les ans dans ce cimetière à l’occasion de la fête de Qingming, la Toussaint chinoise, est une tradition observée depuis des décennies pour honorer la mémoire de leurs compatriotes décédés durant leur mission sur le sol tunisien.
La coopération sino-tunisienne dans le domaine hydraulique remonte aux années 1970, avec la construction d’une série de projets hydrauliques, dont des barrages et des fossés d’irrigation, dans l’objectif d’améliorer les infrastructures, en particulier pour la production agricole du pays.
Le sommet 2018 du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA) aura lieu début septembre dans la capitale chinoise. Le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed y sera présent.
« Lors de ma rencontre avec M. Chahed, il a déclaré que le gouvernement et le peuple tunisiens soutenaient pleinement le sommet du FCSA à Beijing et se disent persuadés de la réussite de cet important événement », a confié à Xinhua l’ambassadeur de Chine en Tunisie, Wang Wenbin.
Xinhua