Mme Céline Kittel, consultante auprès du ministère Fédéral allemand de l’économie et de l’Energie (BMWi) et directrice régionale de l’institut Renewables Academy (RENAC) AG, livre dans cet entretien, sa vision du développement du secteur des énergies renouvelables en Algérie.

Maghreb Emergent : Que pouvez-vous nous dire au sujet du partenariat algéro-allemand dans le domaine du renouvelable?

Céline Kittel : Il s’agit d’un partenariat qui existe depuis 2015. Des rencontres entre les entreprises allemandes et algériennes sont régulières, et divers sujets y sont abordés. Avant, il était question de grands projets de centrales solaires, mais aujourd’hui, on parle davantage de la réalisation petites installations adaptées à une consommation propre, dans les champs agricoles, les supermarchés, les écoles, etc.

L’Algérie réfléchit sérieusement au développement de ce secteur, notamment à travers les projets lancés par les ministères de l’Intérieur et de l’Habitat qui concernent l’installation d’équipements solaires dans les écoles, universités et autres.

L’Allemagne est leader dans le domaine du renouvelable en Europe. Comment l’Algérie peut-elle profiter de l’expérience allemande ?

L’Allemagne est leader dans ce domaine parce que c’est le besoin individuel qui a lancé le processus, notamment à travers les agriculteurs qui ont commencé à s’intéresser aux énergies renouvelables. En Allemagne, il y a une motivation que vous n’avez pas encore en Algérie qui est le prix de l’électricité, qui est très élevé à 25 centimes d’euro le kilowattheure, ce qui est énorme.

Mais c’était aussi la motivation des agriculteurs et des particuliers qui ont fait croître le marché et qui ont fait pression sur le gouvernement dans un mouvement de base. C’est aussi une pensée écologique à travers des mouvements organisés contre les centrales nucléaires.

C’est le même genre de résistance que celle opposée au gaz de schiste en Algérie.  Si vous avez une résistance et en même temps des solutions alternatives, vous avez alors des chances d’être entendu.

Pensez-vous que le bas prix de l’électricité soit le principal point qui bloque le développement du renouvelable en Algérie ?

Le prix bas de l’électricité est un point bloquant mais il n’est pas le seul, car il y a aussi le problème de l’injection dans le réseau des énergies produites par les particuliers. Si le gestionnaire du réseau ne vous permet pas d’injecter votre énergie et de la faire transiter vers d’autres sites, cela pourrait être un très grand blocage tel que celui que nous avons vécu dans toute l’Europe.

En Allemagne, il y a 20 ans, les gestionnaires de réseau étaient inquiets au sujet de la possibilité d’injecter toutes cette énergie fluctuante dans le réseau. Mais grâce à la contribution des entreprises et des ingénieurs, on a réussi à développer des solutions.

Quel regard portez-vous sur les entreprises algériennes ? Ont-elles la capacité technique et la volonté nécessaire pour pouvoir développer le secteur du renouvelable en Algérie ?

J’ai vu beaucoup de jeunes entreprises algériennes conscientes du potentiel qui existe dans leur pays et qui sont prêtes à avancer dans ce domaine. Je pense que le jour où il y aurait dans chaque wilaya et ville en Algérie des projets dans le renouvelable, les gens comprendront  l’importance de ce secteur et ceci va pousser les pouvoirs publics à avancer dans le même sens.

Pour ce qui est des techniques de l’installation et de la maintenance des équipements il y a de la formation à faire, c’est notamment ce que nous faisons à l’institut Renewables Academy. Nous proposons la formation de formateurs car la qualification du personnel local est la clef de la réussite des entreprises.

D’ailleurs, il faut noter que la maintenance est  un important segment du marché susceptible de créer le plus de postes d’emploi.

Je dirais que ce n’est pas en fabricant des panneaux photovoltaïques que l’Algérie va gagner en emplois et en avancée économique. Par contre, pour tout ce qui concerne les autres équipements, comme les câbles, les systèmes électroniques les structures métalliques ou les onduleurs, il y a des choses à faire en Algérie.

L’Algérie prévoit de produire 22 000 MW en énergies renouvelables d’ici 2030. Pensez-vous que cet objectif soit réalisable ?

C’est important d’avoir des objectifs pour être motivé et savoir vers où on se dirige. Mais aujourd’hui, le marché tel qu’il se présente, avec une incapacité d’injecter l’énergie en basse et haute tension en plus de l’absence de réglementation financière, je dirais qu’il serait difficile d’atteindre les objectifs tracés.

Mais nous sommes ici pour faire avancer les choses. Et je suis persuadée  qu’à travers le partenariat algéro-allemand en collaboration avec le gouvernement algérien, on fera avancer les choses.