La mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du ‘’processus d’Alger’’, passe par un consensus national, donc par l’ouverture d’un débat démocratique approfondi, a estimé l’ancien ministre malien de la Défense, Soumeylou Boubèye Maïga.

 

« Sans consensus national, demain ou après-demain, nous serons dans les mêmes situations. (…) Il faut faire confiance à la capacité du débat démocratique », a déclaré M. Maïga à l’agence chinoise Xinhua.

« Tant que ce consensus n’est pas instauré de manière volontariste, courageuse et visionnaire, nous allons devant des difficultés », a prévenu Maïga, qui est également ancien directeur général des services de renseignement maliens et président du parti ASMA-CFP (majorité).

En mai et juin 2015, le gouvernement malien et les groupes armés de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA, ex-rébellion) et de la Plateforme (groupes d’auto-défense) ont signé à Bamako un accord pour la paix et la réconciliation au Mali.

De l’avis de M. Maïga, l’installation des autorités intérimaires prévue dans le cadre de cet accord « nous prépare vers une nouvelle architecture politique, mais, pour l’ensemble du pays, elle doit faire l’objet d’un débat démocratique approfondi sur la base des valeurs républicaines, et non sur la création de situation de rente, d’octroi de bases ethniques à des territoires ».

« Contrairement à ce qui a été dit pendant longtemps et encore plus qu’avant, nulle part sur le territoire national nous n’avons une région qui appartient à une ethnie. Si on ne fait pas attention, nous pouvons aboutir à des situations où des territoires sont donnés à des communautés », a-t-il affirmé.

Pour l’ancien ministre, il faut « privilégier les territoires plutôt que les communautés » et la démocratie locale « doit s’appuyer sur les considérations territoriales ».

« Le Mali devrait convenir avec l’ensemble de la communauté internationale d’un agenda précis pour le retour de l’Etat à Kidal, par exemple », a-t-il ajouté.

Les forces maliennes doivent avoir la capacité d’asseoir la puissance publique

Selon lui, il faut « faire en sorte qu’il y ait une mobilité des forces de défense et de sécurité (maliennes)  de manière à prévenir l’émergence de menaces de groupes terroristes, réprimer éventuellement les cas où les menaces sont avérées et de manière à asseoir la puissance publique ».

Il a ajouté que l’action militaire « doit être capitalisée » par les autres organes de l’Etat à travers les services sociaux de base, l’école, la santé et l’administration.

Il a estimé que le Mali devrait revoir son concept opérationnel pour que ses forces deviennent plus réactives, plus mobiles et plus capables d’anticiper.

« Tant que nous continuerons à rester dans une posture plus ou moins défensive, nous serons vulnérables, et c’est ce qui nous arrive dans des coins comme Nampala ».

Des affrontements violents  avaient eu lieu à Kidal le 21 juillet dernier en violation du cessez-le feu et de l’accord et ont fait 17 morts.

M. Maïga exclut des négociations avec les groupes terroristes, qui, selon lui, « doivent être déclarés illégaux ».

Evoquant la situation sécuritaire dans l’espace sahélo-saharien, M. Maïga a prôné « la mutualisation des capacités, ce qui passe par le renforcement de capacités au niveau de chaque pays de la région ».

Le Mali avait été ébranlé par une grave crise politique et sécuritaire en 2012 et 2013. Le nord du pays avait alors été occupé par des groupes armés et un coup d’État avait interrompu le fonctionnement normal des institutions. En 2015, un accord de paix a été signé à Bamako par le gouvernement et les mouvements armés, mais sa mise en œuvre s’avère des plus ardues du fait, notamment, du manque de contrôle de l’Etat sur tout le territoire.