Après avoir accusé en février 2016 l’Algérie d’être  »colonialiste » en  »faisant main basse » sur des régions marocaines, le secrétaire général du parti nationaliste marocain Istiqlal, Hamid Chabat, a de nouveau récidivé. Selon lui, la Mauritanie fait partie du Maroc.

 

Suffisant pour soulever colère et indignation à Nouakchott. La crise diplomatique est là. Le roi intervient pour  »rassurer » le Président Mauritanien, mais trois jours après seulement, soit mardi 27 décembre, après les propos incendiaires du chef de l’Istiqlal. Mohamed VI, qui s’est entretenu avec le président Mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, « reconnaît l’intégrité territoriale de la République Islamique de Mauritanie, conformément au Droit international. » Réuni dans la soirée de la même journée de mardi, le gouvernement marocain dénonce les déclarations du Secrétaire général de l’Istiqlal, qui  »mettent en cause et l’intégrité territoriale de la Mauritanie. » A Nouakchott, les déclarations de Hamid Chabat passent mal, en dépit de ses  »excuses » et celles du Palais royal. Pour dissiper tout malentendu, le souverain marocain charge mercredi 28 décembre son chef de gouvernement désigné d’aller présenter aux Mauritaniens  »ses excuses ». Le président de Mauritanie, en vacances, va recevoir Abdelilah Benkirane à Zouerate, une ville minière du nord, proche de la frontière avec le Sahara Occidental, occupé depuis 1975 par le Maroc. Tout un symbole, et des menaces à peines voilées de Nouackchott, qui avait annoncé qu’elle allait ouvrir une ambassade de la RASD après les propos de Chabat. Là, le chef de gouvernement marocain, reçu mercredi sans aucun protocole, par le président Mauritanien, mesure l’étendue de la colère en Mauritanie.

Une audience de 45 minutes

A l’issue de sa brève entrevue avec Mohamed Ould Abdelaziz, l’émissaire marocain, accompagné du ministre délégué aux affaires étrangères, reçoit juste quelques secondes avant son retour vers Rabat, des mains d’un officier Mauritanien, un étrange colis de deux kg. Car l’entretien avec le président Mauritanien s’est mal déroulé, et s’est mal terminé. L’audience, qui s’est déroulée dans une modeste maison pendant 45 minutes au lieu des deux heures prévues, a dévoilé au chef de gouvernement marocain l’étendue de la colère et l’irritation à Nouakchott. Le président Mauritanien a informé Abdelilah Benkirane de son agacement et celui des Mauritaniens après les déclarations du SG de l’Istiqlal, et  »certains hommes politiques marocains immatures qui créent des crises entre les pays. » Il a également dénoncé les  »hommes politiques marocains, qui, par leurs déclarations ou leurs initiatives, autant infondées que maladroites, créent des tensions inutiles entre les pays. » A son départ de Zouerate, il n’y aura aucun officiel pour le saluer, comme il n’a été accompagné par aucun membre du gouvernement mauritanien à l’aéroport. Seul le wali de la région a fait office d’officiel au départ du chef de gouvernement marocain. La  »bourde » de Chabat, largement commentée par la presse marocaine depuis samedi 24 décembre, a alourdi l’atmosphère entre les deux pays. Durant une rencontre samedi dernier avec les syndicalistes de l’UGTM, Chabat avait déclaré que  »la Mauritanie est une terre marocaine et que les enclaves du Maroc s’étendent de Sebta au fleuve Sénégal. » Ce que la Mauritanie considère comme  »une atteinte à sa souveraineté. » Le lendemain dimanche 25 décembre, le parti mauritanien l’Union pour la république (UPR, au pouvoir), déclare dans un communiqué que  »le comportement de Hamid Chabat est symptomatique de la dégénérescence et de la faillite politique au Maroc ». Cela  »trahit le manque de vision stratégique des élites marocaines », ajoute l’UPR.

Virez Chabat !

Jeudi 29 décembre, Hamid Chabat, connu par la classe politique marocaine pour ses  »déclarations incendiaires », présente aux Mauritaniens ses excuses. Dans son édition du jeudi 29 décembre, le journal du parti,  »Al Aalam » écrit dans son éditorial que  »le secrétaire général ainsi que tous les dirigeants du parti présentent leurs excuses au président, au gouvernement et au peuple mauritaniens ». Al Alam ajoute qu »’il s’agit d’un « malentendu », et lorsque le secrétaire général de l’Istiqlal Hamid Chabat a déclaré que la Mauritanie faisait partie du Maroc, il parlait d’un « contexte historique relevant du passé et révolu ». Pourtant, il a été désavoué par des membres même de son parti, dont Yasmina Babou, Karim Ghellab et Ahmed Toufiq Hejira, président du Conseil national. Yasmina Badou, ancienne ministre de la Santé dans le gouvernement de Abbas El Fassi, avait qualifié les propos de Chabat d’ »irresponsables et qui auront des répercussions dangereuses sur l’intégrité territoriale du Maroc. » Quant à M’hamed Boucetta, ancien SG de l’Istiqlal (1974 à 1998) et ex-chef de la diplomatie marocaine, il a demandé à Hamid Chabat de démissionner de son poste de chef du parti.

L’Algérie a goûté du Chabat

Mais, Chabat reste Chabat: jeudi 29 décembre, en réunissant le comité exécutif de l’Istiqlal, et après avoir présenté ses  »excuses » à la Mauritanie, il a annoncé des sanctions contre les membres de son parti qui ont  »osé » le critiquer. La presse marocaine a dénoncé les déclarations de Chabat et estime qu’il s’est politiquement » suicidé.  »La dernière sortie de Hamid Chabat fait partie d’une série de déclarations maladroites qui ont mis à mal la diplomatie marocaine », souligne le magazine TelQuel, qui a rappelé les déclarations de Chabat en février 2016 sur  »l’Algérie marocaine ». Dans une attaque frontale contre l’Algérie, le SG de l’Istiqlal avait alors affirmé lors d’une conférence de presse que  »ce pays (l’Algérie, NDLR) est colonialiste dans la mesure où il occupe Tindouf, Hassa Massoud et Bechar ainsi que d’autres provinces qui sont à l’origine, marocaines ». Il a ajouté que  »l’Algérie était considérée par le gouvernement français comme étant la deuxième de France. » Pour Hamid Chabat,  »cette position du parti de l’Istiqlal concernant ces provinces est la même que celle concernant Sebta et Mellilia, qui sont sous l’occupation espagnole. »  » Quelques instants avant son départ de Zouerate, le chef du gouvernement marocain avait reçu un étrange cadeau des mains d’un militaire Mauritanien: un sachet contenant deux kg de thé.  » Quelques instants avant son départ de Zouerate, le chef du gouvernement marocain avait reçu un étrange cadeau des mains d’un militaire Mauritanien: un sachet contenant deux kg de thé.