A Al Hoceima, dans le Rif marocain, la tension est toujours vive mardi, au lendemain de l’arrestation du leader du mouvement ‘’Hirak’’, Nasser Zefzafi. Les services de sécurité ont été déployé en force dans la ville qui vit pratiquement sous état d’urgence.

 

Selon des témoins, il y avait plus de policiers lundi soir que de manifestants, qui ont demandé la libération de leur leader, Nasser Zefzakin, fondateur du mouvement de contestation  »Hirak », après la mort atroce d’un poissonnier, à l’origine d’un soulèvement des populations rifaines contre  »la hogra » et  »la marginalisation ».

Recherché depuis vendredi par les services de sécurité sur demande du procureur du roi après avoir interrompu un prêche, qui a donné lieu à des manifestations, Nasser Zefzafi a été arrêté lundi, ainsi qu’une quarantaine de militants du  »HIrek ». Le procureur général du roi près la Cour d’appel d’Al Hoceima a indiqué que le nombre des arrestations, suite aux derniers incidents survenus à Al Hoceima, est passé de 22 personnes dimanche à 40 arrestations confirmées lundi soir.

Dans un communiqué cité mardi par la MAP, le parquet d’Al Hoceima précise que quarante personnes, « qui auraient commis des actes contraires à la loi et punis par le code pénal, ont été interpellées et placées en garde-à-vue, suite aux incidents qu’a connus, vendredi, Al Hoceima ». Les personnes arrêtées seront interrogées sur ces actes qui leur sont reprochés.

 »Les concernés ont été déférés, ce lundi, devant le parquet près le tribunal de première instance d’Al Hoceima qui a ordonné la poursuite de 25 personnes en état d’arrestation ». Elles sont poursuivies pour « les délits d’outrage aux éléments de la force publique lors de l’exercice de leurs fonctions, violence à leur encontre ayant causé des blessures avec préméditation, désobéissance armée par la voie de plusieurs personnes, destruction de véhicules et d’autres équipements d’intérêt général, manifestation sans autorisation préalable sur la voie publique et attroupement armé sur la voie publique ». Les personnes arrêtées, y compris le leader du Hirak, risquent une peine de prison qui peut aller jusqu’à six ans.

Inquiétude au sein des ONG

Au sein des ONG des droits de l’homme, l’inquiétude est grande. Dans un communiqué commun, le Forum des droits de l’Homme du nord du Maroc et l’AMDH « dénoncent les prêcheurs des mosquées et tout ceux ayant été à l’origine de l’utilisation de ce lieu de culte comme celui de propagande politiques ».Les deux associations imputent « la responsabilité à l’État et, plus précisément, au ministère des Affaires islamiques et des Habous ayant utilisé la religion pour régler les comptes avec les manifestants ».

L’étincelle des manifestations de vendredi est née du prêche de l’Imam de la mosquée d’Al Hoceima, que Nasser Zefzafi avait interrompu, dénonçant une manoeuvre politique du Makhzen.Selon Rif24, Nasser Zefzafi a interrompu un prêche qui attaquait le  »Hirak ». Immédiatement après, le ministère des Affaires religieuses avait dénoncé l’attitude de Zefzafi, ce qui a motivé l’ordre d’arrestation du leader de la contestation rifaine.

Les deux ONG ont stigmatisé « la politisation de la religion » et accusent l’État d’avoir mal géré « la grande crise du Rif » faisant suite à la mort de Mohcine Fikri. « L’Etat n’a pas su traiter les revendications d’un Rif en pleine mutation, qui veut vivre sans peur, ni menace », estiment les deux associations, ajoutant que « la répression ne sera pas la solution ».

Outre la constitution de comités de soutien aux militants du Hirak arrêtés, l’AMDH a annoncé que plusieurs avocats du barreau de Rabat et d’Al Hoceima se sont portés volontaires pour assurer la défense des manifestants interpellés. « Ils n’ont pas réussi à rencontrer les prévenus, pour le moment », indique M. Benmeziane, ajoutant que ces derniers seront présentés au parquet d’une minute à l’autre, ce mardi.

Parlementaires, partis, indignés

Contrairement aux manifestations qui avaient ébranlé le Rif juste après la mort de Mohcine Fikri, cette fois-ci, les partis politiques, même ceux poches du Palais, ont réagi, ainsi que des Parlementaires, qui ont interpellé le gouvernement sur ces événements. Le député Omar Balafrej, de la Fédération de la gauche démocratique (FGD), a interpélle trois ministres du gouvernement El Othmani.

Au ministre des Habous, et des affaires islamiques, il s’est interrogé:  »ne faudrait-il pas exclure tout discours politique de nos lieux de culte ? » et demande au ministre chargé des droits humains ce qu’il compte faire pour mettre fin aux violations de ces droits. ILyas el Omari, président du Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM), et président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, ont proposé une conférence nationale sur  »la vague de protestations qui secoue la province d’Al Hoceima. »

La députée PJDistes Imane Yaacoubi et le Conseiller Nabil Andaloussi ont adressé des questions orales au ministre de la Culture et de la communication, qualifiant de  »dépassement dangereux » et de  »violation flagrante de l’éthique professionnelle » les images utilisées par les deux chaînes publiques marocaines, qui avaient été vivement critiquées sur les réseaux sociaux pour la couverture à sens unique des manifestations.

La contestation ne faiblit pas

Sur place , à Al Hoceima, la contestation ne faiblit pas, alors que des manifestations de soutien ont été organisées dimanche dans plusieurs villes du pays, à Rabat, Tanger, Casablanca, Nador. Les manifestants, qui scandaient  »nous sommes tous zefzafi », avaient été violemment chargés par les forces de l’ordre à Tanger.

Lundi soir, des manifestations avaient été organisées au quartier de Sidi Abed, proche du centre de la ville, où il y avait plus de policiers que de manifestants selon des témoins. Un dispositif sécuritaire impressionnant est déployé tout autour du quartier, fief du mouvement Hirek.