La répression des journalistes au Maroc s’est durci, constate l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF), qui se désole que trois projets de lois sur l’amélioration des conditions de la presse locale ne soient pas encre soumis pour adoption.

 

Nouvelles salves de RSF contre le Maroc, et plus précisément, pour dénoncer un nouveau durcissement du dispositif policier contre les journalistes et les médias. RSF qui a classé en 2014 le Maroc à la 136eme place sur 180 pays en matière de liberté d’expression a  accusé le Royaume d’avoir durci  »la répression » contre les journalistes ces derniers mois. L’ONG revient, dans un communiqué tendu public jeudi, en particulier sur le cas d’une équipe de  la chaîne France3 qui réalisait un reportage à Rabat sur la situation économique et sociale quatre ans après le déclenchement du Printemps arabe. Les journalistes avaient été arrêtés au siège de l’association marocaine de défense des droits humains (AMDH) et  »expulsés de force vers Paris après que leur matériel eût été confisqué », précise RSF. Vendredi, les canaux officiels marocains ont réagi au communiqué de RSF par le biais du ministère de la Communication. Selon cette source officielle, le communiqué  »publié, jeudi, par l’Organisation Reporters Sans frontières relatif à la liberté d’expression au Maroc est inique, injustifié et aux antipodes de la réalité de la liberté de la presse au Maroc”. RSF  »présente de manière tronquée des cas isolés », ajoute le même communiqué du ministère marocain de l’information. Repris par l’agence MAP, le ministère marocain de l’information  »met en avant les efforts déployés par le Maroc au cours des dernières années, (…).  »Ces efforts ont grandement contribué à l’amélioration de nombre d’indicateurs de la liberté de la presse et à la consolidation d’un climat politique, juridique et économique adéquat à même de favoriser un exercice libre et indépendant de la presse, tout en renforçant l’ouverture du Maroc sur les médias étrangers », précise la même source.

Les griefs de RSF

Pour RSF, cependant, la réalité est loin des affirmations des autorités marocaines.  »Ces derniers mois, la liberté de la presse au Maroc a été marquée par un durcissement de la répression à l’égard des journalistes. Dans un contexte déjà difficile, les autorités du royaume resserrent un peu plus l’étau sur la presse afin que les sujets -sensibles- ne soient pas traités librement et en toute indépendance ». Le communiqué de l’ONG française précise, en outre, que  »parallèlement à ce durcissement, trois projets de loi, portant sur la presse et l’édition, sur le statut du journaliste professionnel et sur le Conseil national de la presse ont été présentés par le ministère de la Communication le 18 octobre 2014. Ces textes n’ont toujours pas été adoptés » par le gouvernement.

Rapport accablant de Freedom Now

Dans son premier rapport annuel sur  »la situation de la liberté de la presse et d’expression au Maroc durant l’année 2014 », la nouvelle association marocaine Freedom Now, constituée au mois d’avril 2014, a enregistré  »un ensemble de violations contre la liberté d’opinion et d’expression ». En outre, Freedom Now  »considère ces atteintes comme des violations de la loi et des preuves supplémentaires confirmant le non respect de l’Etat marocain de ses engagements politiques, juridiques et moraux envers la société ». L’ONG, constituée de journalistes indépendants, estime dans le même rapport que  »’la liberté d’expression pour être une valeur fondamentale et un droit, est considérée comme un instrument essentiel de défense de l’ensemble des libertés, un élément important pour l’édification de la démocratie ». Pour autant, Freedom Now, s’est heurtée  au refus de l’administration au printemps 2014 d’accepter son dossier d’agrément. Composée de journalistes et de défenseurs des droits de l’homme, dont Maati Mounji, Khadidja Ryadhi et Ali Anouzla, l’ONG a comme objectif la défense de la liberté d’expression au Maroc.