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« Pour chaque dalle construite, la police recevait cinquante millions ! »
Percutant dans le propos et fin observateur de la scène politique nationale, Me Bourayou remonte aux origines du mal qui ronge la société algérienne et dénonce une justice aux ordres qui tolère encore l’existence de la torture.

« Croire que la torture a disparu est un leurre ! » Prévient-il tout en arguant que l’affaire toute récente et au relent de drogue, de Béni Ouanif, à Béchar, a vu l’occurrence de bavures lors de l’arrestation d’un citoyen. « Outre le fait d’avoir été blessé à la jambe, il a également vomis du sang après avoir perdu ses dents » constate l’avocat qui évoque l’existence de deux flaques de sang bien distinctes sur les lieux de l’évènement lesquelles sont autant de preuves qui attestent de la violence des faits. « La torture est souvent pratiquée pendant la garde à vue ou lors de l’arrestation, le cas de Béchar le prouve encore une fois. » lance-t-il dépité.

Pressé par le journaliste El Kadi Ihsane de s’exprimer sur une constitution qui tolère un cinquième mandat pour le Président de la République, il explique sans attendre qu’une loi fondamentale qui n’est pas assez hermétique et qui ne dispose pas de verrous suffisants ouvres les appétit de pouvoir et les portes de l’aventurisme. « Au niveau constitutionnel il faut codifier la loi selon les exigences de la constitution et non selon celles de l’homme. » Dit il. Et d’ajouter plus loin : « L’Etat c’est la loi et si cette dernière est mauvaise l’Etat ne peut qu’être mauvais ! Aucune loi ne contraint le Président à présenter un bilan de santé périodique. » Note-t-il au fil de l’interview, et de souligner : « L’empêchement de présider l’Etat pour raison médicale doit être codifié. Il ne l’est pas encore. » Me Bourayou, avocat de Said Chitour, journaliste emprisonné et accusé d’avoir livré des informations confidentielles, s’élève contre l’arbitraire et précise : « Aucun texte ne définit ce qu’est une information secrète. Ce ci ouvre la brèche au procureur pour la qualification pénale. » La corruption et son icône la plus actuelle, Kamel Chikhi, alias le Boucher, s’invitent inéluctablement au débat, que Me Bourayou rehausse à coup d’aphorismes et d’anecdotes vécues.

« Afin d’empêcher que la corruption ne se mue en système de gouvernance, il faut combattre le mal par la racine. » Préconise-t-il. Et de s’indigner : « Il est scandaleux qu’un jeune homme de 47 ans soit parvenu à corrompre tout le monde, ministres et généraux y compris ! » « L’affaire Khalifa était un scandale, le document la criminalisant est un faux. » C’est là un autre pamphlet que lance Me Bourayou qui regrette néanmoins qu’en matière de corruption l’Algérie n’apprend pas de ses erreurs. Riche en récits et grouillant de détails croustillants, l’intervention de l’avocat sur Radio M, est un torrent impétueux de vérités. A écouter sans modération.