La Coupe du monde de football est terminée. Elle consacre un peu plus l’économie du spectacle et du loisir. Un sinistre en Algérie : Le modèle qui a fait briller l’Algérie au Mondial brésilien est un modèle importateur. A l’identique de l’économie des années Bouteflikla. Il est donc sans incidence importante sur l’écosystème du football en Algérie. Il est surtout précaire. L’Algérie ne forme pas suffisamment de joueurs de haut niveau pour prétendre aux meilleures places mondiales. Elle dépend du système formateur de la France. 18 mondialistes algériens en sont issus. Rien n’indique que la filière va se tarir, bien au contraire. Nous avançons donc tranquillement vers un football dual où la sélection nationale s’installe dans une modernité par ses performances, ses sponsors et ses retombées images, pendant que le football domestique s’enfonce dans l’archaïsme. Or, c’est celui-là qui fait l’économie du spectacle. C’est-à-dire une activité montante du XXIe siècle qui combine tout ce qu’une économie a de dynamique, ses industriels, sa Bourse, ses médias, ses consommateurs.

L’Algérie a battu la Corée du Sud à Curitiba. Mais le football domestique sud-coréen génère plus d’emplois, de revenus et d’impôts que celui des trois pays du Maghreb réunis. La Coupe du monde est d’abord une compétition, via les sélections nationales, entre des marchés locaux capables d’abriter ou pas des grandes entreprises du football. Dans le dernier carré du Mondial, il y a toujours l’ombre d’une grande tradition de clubs-entreprise. C’est la création de clubs-entreprises qu’est en train de manquer à la FAF. Car, depuis le lancement du professionnalisme en 2009-2010, la FAF n’a rien fait pour améliorer l’attractivité financière du football. Elle est chétive en Algérie. Il ne s’agit pas, ici, de se comparer au chiffre d’affaires du football français, 5 milliards d’euros en 2013.

A fortiori à celui du seul Real de Madrid, plus de 500 millions d’euros. Mais le football rapporte trop peu en Algérie pour espérer juste emprunter le chemin «industriel» de celui de la Turquie. Absente du Mondial, mais capable de recruter en club Vahid Hallilhodzic. Le chantier algérien des clubs-entreprises est complexe. Comme le reste de l’économie, il est pollué par la subvention massive. Il est temps d’agir sur les vrais leviers de ressources : les droits de télévision, les revenus de la billetterie, le merchandising et la cession des joueurs issus des centres de formation. Tout suivra ensuite. Les Egyptiens ont gardé chez eux sans doute l’un des 5 meilleurs footballeurs africains de ces 20 dernières années, Abou Trika. Grâce à un club-entreprise qui s’appelle Al Ahly et qui a les moyens de surenchérir face aux offres européennes et khalijies. Cela n’a pas emmené l’Egypte à la Coupe du monde ? Oui, mais About Trika a remporté trois CAN consécutives. Le modèle non exclusivement importateur a du bon. Il est plus stable.

Il y a trois ans, la presse s’était étonné de l’attribution du marché de la Grande Mosquée d’Alger au chinois CSCEC, mis sur liste noire par la Banque mondiale pour corruption. Pouvait il en être autrement ? Le géant mondial de la construction, le chinois CSCEC, est l’entreprise étrangère qui a remporté le plus de marchés en Algérie durant les années Bouteflika. En théorie, son plan de charge est conforme à sa taille de mastodonte intervenant aux quatre coins du monde. Ce qui fait tache, c’est le fait que d’une pesante réputation de groupe usant de la corruption n’ait pas réussi à freiner les «succès» en rafale de CSCEC en Algérie durant les années Bouteflika. Leur énumération mérite une halte.

Le chantier de la mosquée d’Alger — 1,5 milliard de dollars — est noyé dans la liste. CSCEC a remporté pour 520 millions de dollars la réalisation de la nouvelle ville universitaire de Constantine.Pour rester sur les dernières années, les réalisations de CSCEC sont tentaculaires : l’Ecole supérieure d’hôtellerie et de restauration d’Alger (ESHRA) pour 165 millions USD — dans la continuité du Sheraton club d’Alger (69 millions de dollars) ; l’aérogare internationale de l’aéroport Houari Boumediene d’Alger, 266 millions USD ; les gros œuvres pour le nouveau siège du ministère des Affaires étrangères ; 43 000 logements AADL répartis sur 11 wilayas ; l’hôtel Mariott de Tlemcen pour 145 millions USD, et l’autoroute Cherchell-Bou Ismaïl (Tipasa) sur 48 km. CSCEC a été présélectionné pour la réalisation de la nouvelle aérogare d’Alger (550 millions de dollars). Il a remporté la réalisation de 53 km de la section Chiffa de la route nationale n°1 avec, à la clé, 17 km de ponts et 3 km de tunnels.

La mise à niveau du stade du 5 Juillet lancée pour sa première tranche est revenue également à CSCEC pour 20 millions USD. La liste est interminable. Sans que personne à Alger ne se soucie de la suspicion de corruption que traîne derrière lui cet immense groupe et qui devrait le pénaliser — au moins par intermittence — dans la conquête des marchés. En cumul, les engagements en cours ou récemment achevés de CSCEC en Algérie dépassent les 3 milliards de dollars de chiffres d’affaires. Pour beaucoup moins que cela, le président Bouteflika a décidé de nationaliser Djezzy. Algérianiser un peu CSCEC à la Bourse d’Alger serait donc la moindre des mesures dans le parallélisme des formes. A moins qu’elle soit déjà algérianisée dans son compte «dépenses d’accompagnement».

Le gouvernement algérien dispose d’un ministère de l’Environnement : Mais pas de ministre au poste. Ou alors il s’est dilué dans la fumée des décharges sauvages. Le pays s’est sérieusement polarisé depuis quelques mois autour de la question de l’exploitation du gaz de schiste. La réaction à la décision du gouvernement de lancer l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels a provoqué une vraie levée de boucliers dans la société et la classe politique.
Au point où Youcef Yousfi, toujours aussi fin en communication, s’en est pris dans des termes outrageants aux «lobbies» anti-gaz de schiste. Mais où est donc passée sa collègue ministre de l’Environnement depuis des semaines que la tempête fait
rage ? Car elle existe bien. Elle s’appelle madame Dalila Boudjemaâ et vient de la filière même. Mais qui ne pipe pas mot sur un enjeu écologique aussi emblématique que l’exploitation du gaz de schiste. Son prédécesseur au poste, Amara Benyounes, avait au moins eu la délicatesse de ne pas se cacher. Il s’est engagé pour le gaz de schiste, tout protecteur de l’environnement qu’il était. Transitoirement avant de rejoindre, à l’industrie, son camp naturel : celui des pollueurs.