Mourad Preure (photo : Ahmed Sahara Maghreb Emergent)

S’il juge que les deux années à venir seront « pénibles » sur le plan financier, le président du cabinet Emergy affirme que « l’orientation des prix pétroliers est haussière à long terme » Cette conviction est alimentée par des prévisions d’évolution de la demande mondiale de pétrole qui devrait passer de « 95,5 millions de barils/jour en 2016 à 115 millions de barils/jour en 2030 ». Il faudra « découvrir deux Arabies saoudites pour satisfaire une telle demande », estime-t-il.

 

M. Mourad Preure, qui était hier, mercredi « l’invité du direct » de Radio M, la web radio de Maghreb Emergent, n’a jamais eu beaucoup de doutes sur le « rééquilibrage », qu’il juge inévitable, d’un marché pétrolier secoué depuis près de deux ans par l’irruption du pétrole de schiste américain. Une conviction qu’il tente, de longue date, de faire partager par les autorités algériennes en les invitant à inscrire leur action dans les tendances lourdes et « structurelles » d’un secteur où « les énergies fossiles vont occuper pendant encore plusieurs décennies une place prédominante ».

Pour cet expert algérien, président du cabinet Emergy, le marché pétrolier a connu en 2014 et 2015 une période de sur-approvisionnement qu’il estime à « environ 2 millions de barils/ jour », en raison principalement de la combinaison de l’augmentation de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis et du ralentissement de l’économie mondiale. Cette période est aujourd’hui en voie d’achèvement : « Aux Etats-Unis, la production a baissé à moins de 9 millions de baril/jour et les forages de puits de schiste sont tombés à un peu plus de 400 alors qu’il y en avait encore près de 1.500 l’année dernière ».

Cette évolution était prévisible, ajoute Mourad Preure, qui souligne que « les réserves américaines de gaz et de pétrole de schiste, qui ne dépassent pas 50 milliards de barils, ont été « exagérées » et ne pouvaient pas supporter longtemps une croissance aussi importante de la production ».

 

Un « rebond durable » des cours pétroliers en 2016 …..

 

Conjuguée à la reprise en cours de la demande mondiale, cette réduction de la production américaine est à l’origine du rebond actuel des cours pétroliers que Mourad Preure croit « durable » même s’il ne sous-estime pas l’influence de facteurs exceptionnels comme les accidents de production récents au Canada et au Nigéria. Pour les mois à venir, il formule un pronostic qui mettra certainement du baume au cœur des dirigeants algériens en prévoyant « des prix pétroliers de 50 à 60 dollars vers le quatrième semestre 2016 et une orientation des cours qui sera résolument à la hausse en 2017 ».

 

…Et un choc haussier d’ici la fin de la décennie

 

Le « meilleur » est, cependant, encore à venir. S’il juge, en effet, que les deux années à venir seront encore « pénibles » sur le plan financier, le président du cabinet Emergy n’hésite pas à affirmer que « l’orientation des prix pétroliers est haussière à long terme », ajoutant même que « le niveau de 100 dollars le baril est un niveau de prix structurel ». Cette conviction est alimentée par des prévisions d’évolution de la demande mondiale de pétrole qui devrait passer de « 95,5 millions de barils/jour en 2016 à 115 millions de barils/jour en 2030 ». Il faudra « découvrir deux Arabies saoudites pour satisfaire une telle demande », estime-t-il.

Mourad Preure prend un risque supplémentaire et annonce non seulement une hausse sensible des cours mais également la probabilité d’un « choc haussier d’ici la fin de la décennie », et ce, en raison de la baisse actuelle des investissements pétroliers qui « atteindront à peine 400 milliards de dollars en 2016 et ont été divisés pratiquement par deux depuis 2013 », dans une industrie pétrolière mondiale qui est aujourd’hui « en grande souffrance et où des acteurs de premier plan ont été récemment déclassés »

 

Pour une stratégie offensive de développement du secteur

 

Des « tendances lourdes » que Mourad Preure invite les autorités algériennes à intégrer dans une « stratégie offensive » de développement du secteur de l’énergie. Cette stratégie, pour lui, doit s’appuyer d’abord sur le renforcement de la compagnie nationale Sonatrach, « qui est restée debout bien qu’elle ait subi au cours des dernières années des attaques sans équivalent dans aucun pays du monde ».

L’expert pétrolier algérien évoque également une seconde orientation pour le développement d’un secteur dont il juge le potentiel encore « sous-exploité » en recommandant le retour à la réglementation antérieure à 2005 : « On a changé deux fois la loi en une année alors que ce qui faisait la force du secteur pétrolier algérien depuis plusieurs décennies c’était la stabilité de son cadre juridique. Il faut revenir au principe du partage de production que les partenaires internationaux connaissent parfaitement. Même si on peut ajouter quelques règles supplémentaires, par exemple pour les petits gisements où les ressources non conventionnelles. »

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