Les dirigeants du G20 se sont réunis  à Hangzhou (Chine), les 4 et 5 septembre 2016.  La crise de l’endettement des Etats a été  largement évoquée  posant  la problématique de l’urgence d’une nouvelle régulation de l’économie mondiale. Car, la reprise économique mondiale en cours est encore fragile.

 

On ne peut pas exclure l’hypothèse d’une rechute dans les prochaines années, s’il advenait que la dépense publique se ralentisse et que la croissance ne soit pas reprise par l’entreprise privée, et ce à mesure de l’atténuation de l’impact des mesures de relance budgétaires et monétaires sur la croissance. Comme il ya aura lieu de tenir compte de la nouvelle reconfiguration géo stratégique mondiale horizon 2017/2020/2030, avec un “reformatage” qui modifiera certainement le peloton de tête du développement économique, tout comme le modèle de comportement dans la sphère énergétique  avec le défi environnemental  et les modes de fonctionnement des marchés économiques.

 1- Risque de conjonction de bulles financières et de bulles budgétaires

 Souvent l’on ne différencie pas exactement ente le déficit budgétaire (flux) de la dette publique (stock), le déficit budgétaire étant la situation dans laquelle les recettes du budget de l’État sont inférieures aux dépenses, donnant un solde négatif et pour financer son déficit, l’État est obligé d’emprunter. La dette de l’État se définit quant à elle comme l’ensemble des emprunts effectués par l’État, dont l’encours (montant total des emprunts) résulte de l’accumulation des déficits de l’État. Aussi, elle ne doit pas être confondue avec la dette extérieure, (là aussi à ne pas confondre le principal qui est un stock avec le service de la dette qui est un flux), constituée de l’ensemble des engagements des agents économiques d’un pays (particuliers, entreprises..), et non seulement de l’État, vis-à-vis de prêteurs étrangers. Ces deux données, bien que différentes, sont liées : le flux du déficit budgétaire vient alimenter l’encours de dette, qui en retour agit sur le niveau de déficit par l’augmentation des intérêts versés, qui sont une charge (dépense) budgétaire, la succession des déficits favorisant l’apparition de nouveaux déficits. En effet, le gonflement de la dette provoque un effet “boule de neige” selon un processus auto-entretenu, la charge d’intérêt qu’elle produit conduisant à augmenter le déficit et donc à accroître encore l’endettement de l’État et la charge des intérêts. Cela n’est pas propre aux USA comme en témoigne l’explosion des déficits budgétaires pour l’ensemble des pays européens sans compter les déficits des pays émergents. La reprise permettra t- elle d’absorber cette importante injection monétaire sans précédent dans l’histoire du capitalisme comme le postule la théorie keynésienne raisonnant au sein de structures élastiques et d’Etats Nations (relance de la demande globale, consommation et investissement) et le blocage n’est –il pas mondial (fait nouveau -interdépendance des économies), donc d’ordre structurel ? Concernant la situation spatio-temporelle de la dette publique, les différents Etats au cours de leur histoire ont souvent eu recours à la dette pour faire face à de fortes dépenses, comme les guerres par exemple, mais après des périodes de fortes augmentations, la part de la dette dans le PIB a été rapidement réduite, principalement en raison d’une forte hausse de l’inflation qui réduit la valeur réelle de la dette et d’une croissance forte du PIB. Le recours à la dévaluation a également été pratiqué, y compris à des moments de l’histoire où la monétisation des échanges n’était pas forcément la règle. En effet, les Etats développés misent sur une forte croissance pour pouvoir réduire les déficits budgétaires et diminuer l’endettement public. Par ailleurs à la différence  des années passées le monde occidental y compris le Japon est caractérisé non pas par l’inflation mais par  la déflation. Comme dès lors éponger la dette publique ? Si la croissance ne dépasse pas 2% par an en termes réels dans les années à venir, comment rembourser la dette? Certes existant d’autres options pour réduire la dette publique comme la réduction  des effectifs  de la fonction publique,  et  la pression fiscale ; mais avec le risque, non ciblé,  de  la récession  et   des   mouvements sociaux.

2-Les politiques économiques classiques en désarroi face à la crise

 D’une manière générale, les thérapeutiques sur les perspectives de sortie de la crise sont contradictoires entre les partisans de l’orthodoxie monétaire et les partisans de la relance par le déficit budgétaire. Ainsi, la grande majorité des économistes s’accorde aujourd’hui sur la nécessité d’asseoir la macroéconomie sur des fondements microéconomiques. Les économistes sont mal armés pour analyser le systémique et les phénomènes d’anticipation collective qui provoquent une crise », reconnaît Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis. Encore  que la crise a modifié les comportements par une prise de conscience que la boîte à outils doit changer, que les modèles mathématiques ne permettent pas de prévoir les crises, les économistes devant avoir une approche pluridisciplinaire et travailler plus avec les sociologues et les spécialistes de l’opinion ». Pour l’Américain Paul Krugman néo-keynésien  prix Nobel d’économie  «  les gouvernants et les économistes sont désemparés faute d’un nouveau modèle tenant compte de la complexité du monde actuel ». Ces conflits des doctrines ayant des impacts sur les politiques économiques est résumé par Nouriel Roubini économiste professeur d’économie à l’Université de New York  qui redoute qu’un retour prématuré à la discipline budgétaire n’étouffe la reprise économique qui s’amorce, mais le problème des dettes publiques excessives n’étant pas la solution. Il part d’une analyse poussée des différentes doctrines économiques entre les «keynésiens», les «marxistes», les «néo-libéraux»  mettant en relief une profonde divergence de la théorie économique face à la crise, interprétant chacune les événements économiques d’après leur conception de l’homme et du monde et de conclure, je le cite : « seule une méthode globale permet de comprendre la crise. Il nous faut déposer notre idéologie au vestiaire et considérer le problème calmement. Les crises peuvent prendre des formes très diverses et ce qui est adéquat dans une situation déterminée peut ne pas fonctionner dans une autre.  Pour preuve de cette mésentente entre les économises, des propositions qui ne s’attaquent pas à l’essentiel lors des différentes réunions du G20. Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz estime que ces actions ne sont qu’une solution à court terme les comparant à «une transfusion sanguine massive à une personne souffrant d’une grave hémorragie interne». Comme le note avec pertinence l’économiste Jean Marc Vittori dans le financier français les Echos  «la dette fait des trous partout, dans les comptes des entreprises, des particuliers, des Etats. Nous nous comportons comme un malade qui sortirait de l’hôpital juste après avoir réchappé d’un infarctus, sans avoir changé ni son régime alimentaire ni son mode de vie, sans même avoir fait les examens nécessaires pour vérifier qu’il ne court plus de risque à court terme. Nous n’avons pas tiré les leçons de la crise. Au risque de subir très vite un choc encore plus grand »

3- Urgence de nouvelles institutions et d’une nouvelle régulation mondiale

 L’émergence d’une économie et d’une société mondialisées et la fin de la guerre froide depuis la désintégration de l’empire soviétique, remettent en cause la capacité des États- nations à faire face à ces bouleversements. Les gouvernements à travers les États-Nations – et la crise actuelle en est la démonstration, sont désormais dans l’impossibilité de remplir leurs missions du fait de la complexification des sociétés modernes, de l’apparition de sous-systèmes fragmentés, de l’incertitude liée à l’avenir et de la crise de la représentation politique, d’où l’exigence de s’intégrer davantage dans un ensemble plus vaste pour pouvoir répondre aux nouvelles préoccupations planétaires. Se pose donc cette question : les institutions internationales telles que le FMI ou la Banque Mondiale, les organisations multilatérales telles que l’OCDE et les organisations à vocation universelle comme les Nations Unies et ses organes subsidiaires (UNESCO, FAO, …) peuvent –elles servir de régulation mondiale? En l’absence d’institutions internationales réformées tenant compte des nouvelles mutations mondiales et notamment des pays émergents, capables de prendre le relais de la souveraineté étatique défaillante, le risque est que le seul régulateur social demeure les forces du marché à l’origine d’ailleurs la crise mondiale actuelle. Ce qui explique la position officielle de la majorité des pays de l’Afrique, demandant l’élargissement du G20 (ce continent étant représenté uniquement par l’Afrique du Sud) et au niveau de instances onusiennes pour une meilleure démocratisation du système des Nations unies, en réclamant deux sièges permanents avec droit de veto au sein du Conseil de sécurité. L’actuelle crise financière est me semble t- il une crise de confiance, une crise de régulation mais aussi une crise morale due à l’opacité des flux financiers. Cette régulation mondiale est rendue d’autant plus urgente avec cette financiarisation accrue car il s’échange chaque jour  des milliers  de milliards de dollars de devises sur les marchés des changes, trois fois plus qu’il y a une décennie, selon l’enquête triennale publiée  par la Banque des règlements internationaux.  Nous assistons à l’entrée du dollar australien, le won coréen, la lire turque, la roupie indienne, ces monnaies qui progressent, au détriment du billet vert et l’introduction du yuan chinois sur ce marché dans un proche avenir devrait entrainer de profonds bouleversements. Aussi, selon la BIRD, si le marché des changes a été relativement préservé dans la crise récente, il pourrait en être tout autrement dans les prochaines années, les régulateurs financiers devant mieux surveiller les « non-banques », les « hedge funds » et autres acteurs de plus en plus actifs sur les marchés des changes , la supervision financière britannique ayant révélé sa profonde inefficacité.  L’objectif stratégique est de repenser tout le système des relations économiques internationales et notamment le système financier mondial issu de Breeton Woods en 1945 en intégrant le défi écologique.

 En résumé, il a été question certainement du niveau prix de pétrole lors de  la  réunion  d’Alger, les pays principaux pays consommateurs et  les trois plus grands producteurs mondiaux les USA, l’Arabie Saoudite allié stratégique des Etats Unis  et la Russie  étant présents  à ce sommet.   Car contrairement à certaines supputations hasardeuses, les grandes puissances  au sein du G20 ont leurs relais  politiques et économiques au niveau  de l’OPEP (seulement 33% de la production  commercialisée mondiale)  et hors OPEP pour influencer la décision finale.  Le gouvernement devrait se méfier de certaines supputations d’un baril à 60 dollars au lendemain du sommet même s’il y a gel, dont le  niveau du gel (si c’est le niveau de juillet/août 2016 avec une production record, peu  impacts), car il n’y aura pas de réduction  de la production.  L’important est d’analyser les fondamentaux dont la croissance de l’économie mondiale 2017/2020 et surtout sa structure 2020/2030 conditionnée par  les nouvelles mutations énergétiques  et économiques mondiales (voir nos contributions www.maghrebemergent.com) . Aussi,   le  gouvernement algérien et notamment le Ministère de l’industrie devrait méditer cette réflexion du président chinois Xi Jiping , lors de ce sommet du G20, je le cite  « les moteurs de croissance du précédent cycle de progrès technologique ralentissent progressivement et le nouveau cycle de révolution technologique et industrielle n’a pas encore pleinement démarré » 

Docteur Abderrahmane MEBTOUL, Expert International professeur d’Université en management stratégique [email protected] 

NB- Actuellement, le G20 est la principale tribune de discussion pour la gestion et le contrôle de l’ordre économique international.  Le G20 regroupe les pays les plus riches de la planète représentant 87% du PIB mondial, plus de  60% de la population de la planète mais seulement 10% des Etats du monde qui sont eux représentés à l’ONU. Les pays membres du G20 sont les suivants : Afrique du Sud- Allemagne- Arabie saoudite-Argentine-Australie-Brésil-Canada-Chine-Corée du Sud- Etats-Unis France- Inde- Indonésie- Italie- Japon- Mexique- Royaume-Uni Russie- Turquie- Union européenne- L’Espagne bénéficie par ailleurs du statut d’invité permanent au G20.  Y participent également le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale,  le Comité monétaire et financier international (membre d’office),  le Comité de développement du FMI et de la Banque mondiale (membre d’office).