Le siège de l’OPEP à Vienne (photo publiée sur le site de l’APS).

Selon des observateurs, les Algériens ont fait valoir leurs bonnes relations avec l’Iran, l’Arabie Saoudite et ses satellites du Conseil de  coopération du Golfe (CCG). Téhéran, ajoutent-ils, « sait reconnaître ses amis du temps de l’embargo international, et ne pouvait décevoir le président Bouteflika ».

 

 

C’est au bout de plusieurs heures de discussions que les 14 membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) plus le Gabon ont annoncé mercredi soir ce qui était dans l’air depuis la veille. Il s’agit d’un préaccord pour la réduction de la production de pétrole de l’OPEP, fixée à environ 750.000 BJ, qui sera entériné à Vienne fin novembre prochain, après la définition par un comité d’experts de l’Organisation des nouveaux quotas de chaque pays membre. L’Opep, en vertu de ce préaccord, devrait ramener sa production de 33,4 mbj à un peu plus de 32 mbj.

Selon des prévisions de spécialistes, une réduction de la production de pétrole de l’OPEP d’un niveau d’un million de b/j est capable de faire remonter les cours à 60 dollars, et à 74 dollars/baril dans le cas d’une réduction de 2 mbj.

 

 

Réconcilier les frères ennemis

 

Au nouveau Centre international de conférences baptisé Abdelatif Rahal du Club des Pins, à l’ouest d’Alger, il était clair dès la première journée des travaux du 15eme forum international de l’énergie (IEF15) qu’il devait déboucher sur quelque chose d’inattendu. Comme à la belle époque de la diplomatie algérienne, qui rassemblait ici même à Club des Pins tant de  »frères ennemis » pour annoncer des accords politiques historiques.

Pour la réunion informelle de l’OPEP, convoquée par son président, le ministre qatari de l’Energie, il ne pouvait en être autrement, estime un observateur :  »D’abord, l’Algérie, hôte de la réunion, jouait chez elle, et donc ne pouvait supporter un échec. Ensuite, les Algériens ont fait valoir leurs bonnes relations avec l’Iran, l’Arabie Saoudite et ses satellites du CCG pour arbitrer les différends politiques entre ces deux ensembles. Et enfin, Téhéran, qui sait reconnaître ses amis du temps de l’embargo international, ne pouvait décevoir le Président Bouteflika. »

La réunion devait d’autant plus aboutir que les Russes, tout comme les autres pays producteurs non-Opep à l’image de la Norvège, étaient présents à un très haut niveau à Alger, avec aux premières loges leurs ministres de l’énergie. Or, estiment des analystes,  »tout ce beau monde ne pouvait se quitter sans laisser un message rassurant » aux marchés, complètement groggy par une crise économique qui n’en finit pas de s’allonger.

 

Happy end à Alger

 

Ce  »happy end », qui satisfait tout les pays producteurs, en attendant la confirmation d’une remontée durable des prix, fait suite à un début catastrophique des premiers échanges entre délégations de l’Opep dés la première journée des travaux de l’IEF15.

Le premier qui avait en quelque sorte douché les espoirs des observateurs a été le ministre iranien du Pétrole, Bijar Namdar Zanganeh, qui avait réaffirmé la position de principe de son pays, à savoir recouvrer son quota de production (de pétrole) de 4 millions de BJ d’avant l’embargo international. Il avait expliqué qu’on ne pouvait décider d’un gel de la production en deux jours et laisser la porte ouverte à tous les scénarios. Il avait affirmé qu’il fallait attendre le mois de novembre, lors de la réunion ministérielle de l’OPEP, pour rediscuter la question.

Mais, entre mardi et mercredi, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et l’Iran, tout comme l’Arabie Saoudite, aurait mis de côté leurs sempiternels différends pour aller de l’avant. Ce ‘’gentelmen agreement’’ a été possible après que l’Iran, sans doute sous la pression d’Alger, ait accepté de revoir à la baisse ses prétentions et ne produire que 3,7 mbj, alors qu’elle revendiquait de revenir à son quota (4,1mbj) d’avant l’embargo international. 

 

Objectif atteint, et maintenant ?

 

 »Nous avons examiné plusieurs scénarios pendant des heures, avec comme objectif d’agir sur les niveaux de production », a indiqué en conférence de presse le président de l’OPEP, qui a expliqué qu’à Vienne, à la fin du mois de novembre prochain, l’Organisation devra au cours de la réunion ministérielle ordinaire déterminer les quotas de production pour chacun de ses membres. Les pays producteurs comme la Russie, qui a dépêché à Alger son ministre de l’Energie, Alexandre Novak, pourraient être invités à Vienne pour une action concertée entre producteurs de pétrole membres et non membres de l’OPEP, indique-t-on de sources proches de l’Organisation.