Paul van Son, PDG du consortium Dii (Desertec Initiative Industrie)

Dans cette interview le PDG du consortium Dii (Desertec Initiative Industrie)Paul van Son, donne un état des lieux du projet Desertec, en particulier de la coopération entre Sonelgaz et Dii. Cette coopération a donné lieu à une étude de faisabilité pour un projet d’exportation d’électricité verte de l’Algérie vers l’Italie d’un volume de 1 000 MW. Paul van Son annonce également que Dii travaille actuellement sur une étude de faisabilité pour une ligne électrique entre l’Italie et la rive sud méditerranéenne dans le cadre du programme Ten-E de la Commission européenne.

 

Qu’en est-il de Desertec en Algérie ? Pouvez-vous nous en dire plus sur la coopération entre Sonelgaz et Dii ?

Sonelgaz et Dii ont finalisé fin 2013 une étude de faisabilité dont les analyses confirment la pertinence du programme national algérien des énergies renouvelables et contribuent à en accélérer la mise en œuvre. En plus d’évaluer le potentiel d’exploitation d’énergies propres du pays, cette étude propose un modèle économique rentable pour un projet d’exportation d’électricité verte de l’Algérie vers l’Italie d’un volume de 1 000 MW. Les résultats sont on ne peut plus clairs : l’électricité d’origine photovoltaïque et éolienne produite et vendue sur place serait dès aujourd’hui moins coûteuse que celle générée par les centrales à gaz algériennes, au prix international du gaz naturel. Alors que le photovoltaïque nécessiterait une faible subvention à l’exportation, l’éolien pourrait sans aucun mécanisme de soutien venir concurrencer les centrales électriques conventionnelles italiennes. Quant aux coûts de production du solaire concentré aujourd’hui encore « hors marché », ils seront amenés à diminuer dans les années à venir pour devenir complètement compétitifs à terme.

 

L’Algérie ne devrait-elle pas plutôt s’orienter vers le nucléaire et le gaz de schiste comme les États-Unis ?

Je réponds à votre question par une autre : pourquoi l’Algérie devrait-elle tourner le dos à l’énorme potentiel solaire et éolien dont elle regorge pour développer des technologies relativement coûteuses, à durée limitée et aux effets néfastes sur l’environnement ? Alors que les pays utilisant le nucléaire n’ont toujours pas trouvé de solution durable pour la gestion des déchets et restent dépendants des importations d’uranium, d’autres interdisent la fracturation hydraulique à cause des problèmes environnementaux liés à son usage. Ce que nous demandons, c’est des chances égales entre énergies renouvelables et fossiles. Ceux qui se montrent sceptiques au vu des investissements nécessaires pour les premières, oublient souvent que les secondes bénéficient de subventions faramineuses : plus de 400 milliards d’euros de subventions aux énergies fossiles sont dépensées chaque année dans le monde d’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les énergies renouvelables créeront nombre de filières et d’emplois durables dont le pays a besoin : nous estimons le potentiel d’intégration industrielle en Algérie à 45% pour le solaire concentré, 55% pour le photovoltaïque et 15% pour l’éolien.

 

Qu’en est-il des projets d’exportation de l’Afrique du Nord vers l’Europe ?

Dii plaide depuis ses débuts – et ça n’a pas changé – pour un raccordement des réseaux électriques des pays des deux rives… dans toutes les directions : c’est-à-dire aussi bien entre la France et l’Espagne, qu’entre l’Égypte et la Libye ou encore entre l’Algérie et l’Italie. C’est pourquoi nous parlons « d’échange » d’électricité et non pas « d’exportation » car le courant voyagera dans tous les sens. Il est clair qu’à court terme, les nouvelles capacités de production des pays MENA serviront à couvrir leurs besoins domestiques. Ce faisant il ne faut cependant pas perdre de vue les perspectives à long terme : à l’horizon 2050 la région MENA pourrait générer des revenus à hauteur de 63 milliards d’euros par an grâce à une nouvelle industrie d’exportation. Dii travaille actuellement sur une étude de faisabilité pour une ligne électrique entre l’Italie et la rive sud méditerranéenne dans le cadre du programme Ten-E de la Commission européenne. Cela montre que l’Europe souhaite la mise en place d’interconnexions transméditerranéennes. Dii quant à elle plaide pour que le l’Union Européenne se donne les moyens de ses ambitions et qu’elle ouvre ses portes à l’électricité en provenance d’Algérie.

 

La crise n’a pas épargné les entreprises actives dans le secteur des énergies renouvelables… y a-t-il encore quelqu’un qui s’intéresse au marché nord-africain ?

Il est vrai que les entreprises européennes perçoivent les pays du sud de la Méditerranée comme des marchés difficiles d’accès. Néanmoins le déploiement des technologies vertes pourraient profiter à l’industrie solaire et éolienne européenne et offrir de nouvelles opportunités d’affaires aux fabricants de composants, gestionnaires de réseau ou développeurs de projets. Des entreprises comme ACWA Power, First Solar ou encore RWE, actionnaires à Dii, sont déjà actives dans la région MENA alors pourquoi d’autres ne suivraient-elles pas ? Nos actionnaires ont d’ailleurs renouvelé leur soutien en transformant Dii en organisation permanente et en encourageant plus d’entreprises à rejoindre notre initiative. Récemment le gestionnaire de réseau chinois SGCC s’intéressant particulièrement aux infrastructures de transport de l’électricité sur de longues distances s’est engagé à nos côtés. Nos partenaires pourront profiter de l’expérience dont SGCC peut faire preuve dans ce domaine, y compris l’Algérie. En outre, toujours plus d’organismes tels que RECREE et NREA en Égypte, EDAMA en Jordanie, GCCIA en Arabie Saoudite ou encore SIE au Maroc font appel à nos services. C’est clairement un signe de reconnaissance pour l’expertise que nous avons accumulée ces quatre dernières années.