Francis Perrin et Abdelmadjid Attar nous donnent leurs lectures sur les efforts diplomatiques des pays de l’Opep à la veille de la réunion de Vienne.

La hausse actuelle des cours du brut est conjoncturelle, et le doit à une série de facteurs successifs qui ont fait grimper les prix, estime Olivier Rech, un ancien expert des « perspectives pétrolières » à l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Et, fatalement, le rebond des prix de pétrole ne serait qu’éphémère, car l’Arabie Saoudite, qui a les clés de la solution de la crise du brut, pour maintenir ses parts de marché,  »pompe à tout va ». L’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a indiqué vendredi sur son site officiel que le prix moyen des 12 bruts de l’Opep avait terminé la séance de jeudi à 43,84 dollars/baril, perdant un peu plus de 1 dollar à 44,88 dollars/baril une journée auparavant. Une bouffée d’oxygène après les 27-28 dollars du début de l’année. Le prix du light sweet crude (West Texas Intermediate (WTI), brut de référence aux Etats-Unis gagnait vendredi 3 cents à 48,19 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), alors que le brent, brut de référence de la mer du Nord, revenait à 48,62 dollars. Mais, cette embellie est trompeuse, estime OLivier Reich dans une interview à ChallengeSoir. En fait, cette hausse  »s’explique par une somme d’événements imprévisibles qui sont survenus depuis le mois de février », souligne t-il.  

Fort McMurray, le coup de pouce

Les incendies autour de Fort McMurray dans l’ouest du Canada, qui ont fait baisser la production pétrolière du pays, les troubles dans la région du delta du Niger au Nigeria, la baisse des exportations pétrolières irakiennes transitant par le Kurdistan ou la grève de trois jours qui a touché l’industrie pétrolière au Koweït sont autant d’éléments explicatifs, pour cet expert, de la hausse des prix de pétrole. La constitution de stocks par la Chine en cette période de bas prix est également un facteur explicatif de cette brusque remontée des cours, explique encore Olivier Reich pour qui  » ces éléments sont conjoncturels, la situation de fond n’a pas changé. » Plus grave,  »l’Arabie Saoudite, qui a orchestré cette surproduction et donc cette baisse des prix depuis un an et demi, maintient sa stratégie », relève t-il, avant d’affirmer que les Saoudiens  »ont la clé ». Dés lors, les prix ne vont pas aller au delà des 50 dollars.  »Je ne pense pas qu’il remonte durablement au-dessus des 50 dollars. Le niveau mondial des stocks reste au moins 20% supérieur à la norme », et  »la situation au Canada, qui explique environ pour moitié cette hausse récente est en voie de stabilisation et comme je l’ai dit l’Arabie Saoudite devrait maintenir sa production », affirme t-il.

Feu de paille ?

Très vite, ajoute cet expert,  »la situation de surproduction devrait reprendre le dessus », même si  »la situation au Nigeria (…) peut constituer un facteur de tension permanent du marché pétrolier. » Mais, les plus grands bénéficiaires de cette hausse des cours, ce sont les producteurs de schiste américains.  »Avec un baril proche des 50 dollars, leur cash-flow augmente. Mais surtout cela leur permet de contracter des couvertures de risque des prix pour les mois qui viennent », car selon les scénarios optimistes ou pessimistes, le  »shale » aux États-Unis n’est rentable qu’à 50 ou 80 dollars le baril.  »Mais, c’est insuffisant. A titre de comparaison, le pétrole saoudien est lui rentable (en coût cash) à partir de 10 dollars », explique encore Olivier Reich pour qui  »les pays membres de l’OPEP connaissent une situation d’aggravation continue comme le Nigeria, l’Algérie ou le Venezuela ».  Pour lui, l’OPEP en tant qu’organisation,  »a cessé d’exister. A l’intérieur de celle-ci, l’Arabie Saoudite est seule contre tous et mène une stratégie solitaire. »