Jusqu’à fin 2016, l’informel représenterait officiellement environs 3700 milliards de dinars. Or, Ahmed Ouyahia parle de 1700 milliards de dinars, chiffre qui, selon les experts, est plus proche de la réalité.

 

Ahmed Ouyahia contredit son prédécesseur et estime que, contrairement aux affirmations qui ont été faites par certains responsables, la masse monétaire qui circule dans l’informel est « surévaluée ».  « Il est vrai que l’argent existe dans le secteur informel. Pour certains, c’est un trésor qui peut régler nos problèmes, une fois récupéré », a-t-il déclaré en affirmant que ces montants « ne dépassent pas, dans le meilleur des cas, 1700 milliards de dinars ». Or, l’ex-Premier Ministre, Abdelmalek Sellal, et son ministre des Finances, Abderrahmane Benkhalfa, ont maintes fois déclaré que la masse monétaire circulant dans l’informel s’élève à 40 milliards de dollars, soit l’équivalent de 3.700 milliards de dinars. On sait que l’opération de mise en conformité fiscale dont l’objectif est de bancariser cette masse monétaire n’a, à son terme, réussi à récupérer qu’un mince partie qui est de l’ordre de 461 milliards de dinars, comme l’a souligné Abdelmalek Sellal juste avant son départ, ce qui laisse entendre que 3239 milliards de dinars circulent toujours dans l’informel.  Mais, lors de la présentation de son plan d’action jeudi, Ahmed Ouyahia récuse complètement ce chiffre. « L’argent qui circule sur le marché parallèle est estimé au maximum à 1700 milliards de dinars », a-t-il affirmé, soit 1539 milliards de moins par rapport aux chiffre déjà avancé par Sellal et Benkhalfa.

Pourquoi ce revirement ? Y-t-il eu erreur d’appréciation du poids de l’informel par Sellal et Benkhalfa ? Y-t-il eu erreur au niveau de la Banque d’Algérie puisque, en définitive, c’est elle qui émet des statistiques sur cette question ? Nulle réponse. Toutefois, une chose est certaine : Ahmed Ouyahia est plus proche de la réalité que Sellal et Benkhalfa car, estiment plusieurs experts dont Ferhat Ait Ali, Mohammed Achir et Brahim Guendouzi,  la masse monétaire qui circule dans les circuits informels est  effectivement « surévaluée » par les pouvoirs publics. « La masse fiduciaire en circulation dans le pays et ce qui circule légalement dans la sphère réelle étant de l’ordre de 4700 Milliards de dinars, y compris les détentions en comptes dans les caisses centrales des banques, de la Poste et de la Banque d’Algérie, j’estime que le montant thésaurisé sous forme de revenus non déclarés à l’époque de leur réalisation, ne dépasse pas les 30% de ce montant, soit environ les 1600 Milliards de dinars tout au plus », explique Ferhat Ait Ali Pour Maghreb-Emergent.

Par conséquent, il n’est pas faux d’affirmer que, à travers sa déclaration, Ouyahia corrige non pas seulement Sellal et Benkhalfa, mais aussi la Banque d’Algérie qui est seule habilitée à émettre des chiffres sur l’informel.