L’Algérie a importé 1,3 million de tonnes de blé en 2014 contre 2,2 millions en 2013.

La filière céréales en Algérie ne connait que des problèmes. Nous importons plus de 70℅ de nos besoins en blé (dur et tendre). Une situation qui pèse lourdement sur la balance des paiements du commerce extérieur de notre pays. La facture d’importation des céréales ne cesse d’augmenter quelle que soit la production réalisée.

On a déclaré pour l’année 2018 une double production par rapport a la saison de 2017. Mais la facture d’importation du blé tendre a connu une augmentation de 16% en quantité et 29 % en valeur. Une situation inédite et incompréhensible, surtout quand les prix mondiaux de ces produits ne connaissent pas une augmentation.

La filière céréales  baigne dans une panoplie de problèmes, avec des rendements très faibles, matériel de récolte vétuste et conditions de stockage pas du tout saines et avec des infrastructures insuffisantes.

Une faible production qui ne couvre que 30% de nos besoins 

La production  des céréales en Algérie est toujours très faible. Sur les cinq dernières années, la moyenne n’a pas excédé les 42 millions de quintaux et demeure très insuffisante, puisqu’elle ne couvre que 30% des besoins nationaux.

La facture d’importation des céréales ne cesse d’augmenter. L’importation du blé (dur et tendre) représente 65 % des importations des céréales, dont  70% en blé tendre.

En 2018, on a importé 8 millions de tonnes de blé (dur et tendre) avec une facture de 1,92 milliard de dollars,  dont 7,9  millions de tonnes de blé tendre avec une valeur de 1,48 milliard de dollars.

Les pertes à la récolte et  post récoltent, un vrai casse-tête !

Le marasme de la filière céréales ne réside pas uniquement dans les faibles rendements, mais également des pertes de quantités considérables suite à des causes diverses.  

Le non-respect  de la période  de récolte, qui est  l’une  des causes principales, accuse un retard dans la moisson, et fait passer les céréales a un stade ‘’ d’excès de maturité ‘’. Ce qui rend les épis plus vulnérable durant la coupe, en plus des pertes dues à la récolte mécanique en raison du mauvais réglage des moissonneuses batteuses, vétustes dans leur majorité.

Et finalement, les pertes qui peuvent se produire suite aux mauvaises conditions de stockage, vu que les entrepôts de stockage existant ne répondent pas aux normes, notamment en ce qui concerne la température et l’humidité. Deux facteurs essentiels pour  un stockage correct et adéquat des céréales.


Le stockage : l’un des plus grands problèmes de la filière

Les capacités de stockage actuelles de l’Algérie ne dépassent pas les 31 millions de quintaux, selon la déclaration de l’ex Ministre de l’agriculture.

Où on a pu mettre les 60 millions de qx produites l’année passée ? Et ou peut –on mettre la production si  abondante qu’annonce le ministère de l’agriculture pour cette saison ?

En plus des silos dont on dispose et qui dans leur majorité ne répondent pas aux normes requises en termes de température et d’humidité, ainsi que les pertes énormes qui sont avancées par des spécialistes dues aux mauvaises conditions de stockage.

Un projet  de réalisation de 39 structures de stockage dont 9 silos métalliques et 30 autres en béton, avec une enveloppe globale de 558 millions de dollars us , a été inscrit  depuis 10 ans.

Mais jusqu’à présent, il ya que deux entrepôts en béton qui ont été réceptionnés. Le premier à Bouchgouf dans la wilaya de Guelma, avec une capacité de 30 000 tonnes et le deuxième à El Khroub dans la wilaya de Constantine avec une capacité de 50 000 tonnes. 

Le projet accuse un retard considérable inexpliqué et nous donne une idée claire sur l’intention des pouvoirs publics à développer cette filière.    

Le blé dur est à notre portée et l’autosuffisance en blé tendre n’est pas une urgence


Le Directeur Général  de l’office Algérien Interprofessionnel des céréales (OAIC),  qui vient d’être limogé  il y a quelques semaines, disait « Le blé tendre est une espèce très sensible qui demande un bon niveau de précipitation ainsi que de l’humidité lors des moissons. Il faut du temps pour trouver les variétés qui s’adaptent à notre climat sec.

Pour nous, ce n’est pas une question urgente. On dépendra de l’importation mais il faut, par contre, penser à changer le modèle alimentaire algérien, rationaliser la consommation et gaspiller moins ».

Ce responsable dit que ce n’est pas urgent de pallier à ce problème de dépendance quasi-total des importations de ce produit hautement stratégique pour notre alimentation.

Dépenser plus de 1,5 milliard de dollars annuellement rien que pour importer le blé tendre, est en lui-même un problème crucial qui alourdit la facture alimentaire.

Un problème pour lequel on doit prêter plus d’attention et ne ménager aucun effort afin de le résoudre. Depuis quand on cherche les variétés qui s’adaptent à notre climat ? Et jusqu’à quand on continuera à chercher encore ?

Et si le blé dur est à notre portée (on produit  en moyenne 20 millions de qx et on importe 18 millions de qx) qu’est-ce qu’on attend alors pour couvrir nos besoins par la production nationale ?

Cette année et selon le ministre de l’agriculture, la production du blé dur est suffisante pour couvrir les besoin et on peut s’en passer de l’importation.

Mais cette  ‘’ performance ‘’ reste temporaire et ne peut être pérenne vu que ce résultat a été réalisé grâce à l’abondance des précipitations durant la saison agricole 2018/2019.

L’année prochaine s’il ne pleut pas, rebelote à l’importation !  On n’a pas encore atteint l’autosuffisance pour le produit qui est à notre portée, comment faire alors pour celui qui est hors de notre portée ?

Réduire la facture alimentaire en ‘’ nationalisant ‘’ le transport des importations


Selon l’APS, deux conventions ont été signées entre le groupe algérien de transport maritime (GATMA), d’une part, et l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) et l’Office national interprofessionnel du lait (ONIL).

D’autre part, pour promouvoir l’utilisation de la flotte maritime nationale et limiter ainsi le recours aux moyens de transport étrangers en vue de réduire les dépenses en devises pour l’importation de blé et de la poudre de lait.

Cette convention peut-elle vraiment être bénéfique pour la société de transport maritime, dont les bateaux seront contraints de partir ‘’ vides’’ et revenir avec la cargaison importée. Et de quels pays ? Il s’agit du Canada, l’Australie, le Mexique, les Etats unies d’Amérique et l’Argentine, rien que pour l’importation du blé dur.

L’OAIC sera-t-il obligé de pays le double (c’est-à-dire l’aller et le retour) pour acheminer les produits importés ? Est-ce que réduire les dépenses en devises se fait quelle que soit l’élévation des dépenses en monnaie locale ?

Cette convention aurait été ‘’ salutaire ‘’ pour notre économie si nos exportations hors hydrocarbures vers ces pays sont bien développées, les navires algériens amassent des dollars US en aller et des dinars DZ au retour.

La réduction de la facture alimentaire ne peut être réelle et pérenne qu’avec l’amélioration de la production. Afin de s’approcher de l’autosuffisance alimentaire, toute autre mesure n’est que bricolage !!

Changer les habitudes alimentaires, oui mais ….

Durant l’atelier organisée par le Ministère de l’agriculture autour du développement de la filière céréales, le Ministre à exhorter les spécialistes de l’alimentation et autres praticiens de la santé publique à faire compagne pour sensibiliser les consommateurs quant à la ‘’ nocivité ‘’ de la farine blanche. Produit essentiel de notre alimentation, sur la santé tout en les incitant les consommateurs à s’intéresser plus à l’orge et au blé dur.

Il est à rappeler que le changement des habitudes alimentaires de toute une population ne peut se faire du jour au lendemain (il a fallu à la Russie 40 ans pour pouvoir opérer un changement significatif des habitude alimentaire de sa population), en plus actuellement sur le marché les produits à base l’orge et le blé dur sont plus chers à ceux fabriqués à base de farine.

Si on prend l’exemple du pain, la baguette à l’orge coute 20 DA, soit le double de la baguette du pain blanc. Celle de la semoule est à 15 DA.

L’Etat sera-t-il dans l’obligation de soutenir encore, plus fort, la baguette du pain ?

Une fois l’option adoptée, pouvons-nous couvrir nos besoins en ces produits par la production locale ou alors nous serons obligés de recourir à l’importation ?   

Le seul remède pour pallier aux problèmes de l’importation massive du blé tendre, c’est de mettre en œuvre une stratégie pour améliorer la production en utilisant des semences performantes et en respectant l’itinéraire technique de la culture

Pourquoi on rencontre toutes les difficultés du monde pour développer la filière céréales ?

Ce sont des arguments, peu convaincants et pas du tout logiques, qu’avancent les responsables du secteur quand ils essayent de justifier cette faiblesse des rendements des céréales notamment du blé tendre.

Pourquoi on est incapable d’élaborer une stratégie pour développer la culture du blé en Algérie ?

L’Institut Technique des Grandes Culture (ITGC) peut jouer un rôle déterminant dans ce sens.

L’irrigation est  l’un des facteurs déterminants  mais pas exclusif pour le développement des céréales et l’accroissement des rendements et le développement des céréales.

C’est tout l’itinéraire technique qu’il faut prendre en charge. On a soutenu l’irrigation mais on a ignoré tout le reste ! Les céréaliculteurs doivent bénéficier de formation et de journées de vulgarisation afin qu’ils puissent maitriser la conduite de ces cultures.  

On doit impérativement ‘’gagner ‘’ La bataille du blé, que ce soit dur ou tendre,  produit essentiel pour notre alimentation. La population est en assenions fulgurante et la production est en deçà des besoins requis !

Aissa Manseur, Expert consultant en agriculture