Des liaisons maritimes sont envisagées pour acheter à l’Algérie 7 milliards de m3 de gaz supplémentaires par an.

L’Algérie est de plus en plus citée parmi les pays susceptibles de remédier à la crise des approvisionnements européens en gaz due au différend entre l’UE et la Russie au sujet de l’Ukraine et de la Crimée. A-t-elle les moyens de répondre à ces attentes? Des économistes algériens en doutent.

 

 

La crise avec la Russie au sujet de l’Ukraine, et de la Crimée en particulier, fait encourir à l’Union européenne le risque d’une sérieuse perturbation de ses approvisionnements en gaz. Dépendant pour ses besoins à 30% du gaz russe, elle veut utiliser les autres contrats gaziers au maximum et ainsi augmenter ses stocks. Les dirigeants européens pensent d’ores et déjà à acheter des quotas supplémentaires à leurs autres partenaires, dont l’Algérie.

Les Etats européens pourraient acheter 20 milliards de m3 de gaz de plus à la Norvège et 7 milliards de plus à l’Algérie, a rapporté l’AFP mardi, citant des projections des Etats membres. Leurs achats à ces deux pays pourraient ainsi passer, respectivement à, 119,5 milliards et 32,7 milliards de m3. Les quantités supplémentaires que l’Europe compte acheminer d’Algérie se feront par les liaisons maritimes selon la même source.

Déjà, au début de la crise euro-russe, des responsables politiques européens avaient tourné leur regard vers le sud de la Méditerranée reconsidérant le poids de l’Algérie et de la Libye dans la balance des approvisionnements gaziers de l’Europe. Les dirigeants des groupes énergétiques européens n’ont pas cessé, de leur côté, de citer l’Algérie comme une source importante de gaz susceptible de réduire la dépendance des Européens vis-à-vis de la Russie.

La question se pose : l’Algérie peut-être répondre à la demande européenne qui se fait de plus en plus pressante jusqu’à évoquer la relance du projet du gazoduc Galsi qui devait relier Hassi R’mel à l’Europe via la Sardaigne et qui est actuellement gelé s’il n’a pas été carrément abandonné ?

 

L’Algérie ne peut pas suppléer au gaz russe

 

L’Algérie fait face, ces dernières années, à une baisse de ses exportations gazières combinée à une forte augmentation de la consommation domestique de gaz naturel. « Elle ne peut suppléer qu’à une très faible capacité au déficit d’approvisionnement en gaz russe l’Europe », estime l’économiste Abderrahmane Mebtoul. Il estime, dans une contribution adressée à Maghreb Emergent, qu’elle « ne peut (y) suppléer même en intensifiant ses exportations allant plus rapidement à l’épuisement, et cela demande des investissements très lourds, non opérationnels à court terme ».

Pour lui, l’Algérie risque de « créer des tensions sociales et de ralentir son développement en abaissant la consommation intérieure au profit de l’exportation par une baisse drastique des subventions ». D’un autre côté, l’Europe connaissant un niveau élevé d’endettement, ne risque pas de réduire sa marge de profit d’environ 10 à 15% équivalant à la différence entre le prix du gaz russe et celui du gaz algérien, explique-t-il encore.

 

Aller vers le marché asiatique du gaz

 

L’Algérie est considérée par l’Europe comme un partenaire énergétique fiable et crédible. Toutefois, les grands fournisseurs européens de gaz ont exercé des pressions sur Sonatrach pour lui faire réviser à la baisse le prix du gaz des contrats à long terme. « La crise des Occidentaux avec la Russie ne va pas desserrer ces contraintes pour l’Algérie », a déclaré, catégorique, Mustapha Mekideche, économiste et vice-président du Conseil national économique et social (CNES), lors de la 18e Rencontre sur l’énergie organisée par l’Ecole polytechnique mardi à Alger.

M. Mekideche s’est interrogé également sur la volonté de l’Europe de relancer le projet Galsi au moment où elle remet en cause les contrats à long terme au profit du marché libre du gaz (spot). Pour lui, l’Algérie doit se tourner vers le marché asiatique, où les prix du gaz sont largement plus élevés que ceux du marché européen. « Il faut aller vers le marché chinois. La Chine est devenue le premier fournisseur de l’Algérie avec une balance commerciale déséquilibrée. Il faut une contrepartie », a-t-il suggéré.