M. Nazim Zouiouéche, ancien PDG de Sonatrach de 1995 à 1997, porte sur la gestion du secteur des hydrocarbures au cours des 15 dernières années, le regard critique de beaucoup d’anciens cadres de Sonatrach.

 

Comme la plupart de ses collègues, dont la parole s’est libérée au cours des dernières années à travers la presse nationale, ou encore dans le cadre de différents clubs de réflexion, il regrette l’absence d’un « débat national » sur les questions énergétiques en Algérie. « On organise bien en ce moment une très large consultation sur la préparation de la nouvelle Constitution. « Pourquoi, s’interroge-t-il, ne pas faire la même chose sur les choix énergétiques qui conditionnent grandement l’avenir économique de notre pays ? ». Pourquoi ne pas réunir le Conseil national de l’Energie, dont la fonction est précisément « d’éclairer ces options stratégiques » ?
Les choix énergétiques nationaux, c’est d’abord l’option confirmée récemment, en faveur de l’exploitation du gaz de schiste, qui inspire à ce spécialiste du terrain, dont une grande partie de la carrière s’est déroulée à Hassi Messaoud, des commentaires extrêmement réservés. Pour Zouiouéche, le message que les pouvoirs publics algériens cherchent à faire passer consiste à suggérer que l’Algérie « dort sur un trésor ». « On dit aux algériens, bonnes gens dormez tranquille, il ya encore de la ressource,» s’est-il exclamé.
L’ancien PDG de Sonatrach avertit : Pourquoi se précipiter alors que les techniques disponibles ne permettent pas encore de garantir la rentabilité économique de cette exploitation ? Au moment où la quasi-totalité des pays du monde a décidé de marquer une pause et de voir venir, (il cite l’exemple de la Pologne, naguère très engagée dans le processus de mise en exploitation du gaz de schiste et qui fait aujourd’hui marche arrière), l’Algérie court le risque d’être transformée en un vaste « champ d’expérimentation » et de perfectionnement des techniques, qui sont aujourd’hui, maîtrisées uniquement par 2 ou 3 opérateurs internationaux dominants, dont Schlumberger et Halliburton, les fameux « rouge et bleus ».
Sans même parler des risques environnementaux, Nazim Zouiouéche évoque des coûts financiers faramineux et actuellement sous-estimés, qui pourraient atteindre au total près de « 300 milliards de dollars, soit 30 milliards de dollars par an pendant 10 ans pour atteindre un objectif de production de 60 milliards de mètre cubes de gaz ». Les recommandations de l’expert algérien privilégient la prudence : « Sur le gaz de schiste, il faut rester en veille. Son développement est une affaire de 20 à 30 ans. Il faut attendre la technologie, faire des études, forer des puits pilotes».
Les gisements géants n’ont pas dit leur dernier mot
Sa connaissance du terrain et de l’état des gisements a, au contraire, convaincu Nazim Zouiouéche – et c’est l’aspect le plus original de sa contribution au débat public au cours des derniers mois – que l’avenir énergétique immédiat de l’Algérie se situe dans le développement de ses ressources conventionnelles. Même s’il est le premier à regretter, et à confirmer, « l’hyper exploitation pour des raisons de facilité, dans un contexte ou les prix internationaux étaient très élevés » du gisement gazier géant de Hassi R’mel. Il croit encore à l’avenir de nos gisements géants qui doivent faire l’objet d’un « screaning » (révision des réserves) pour évaluer leur état et définir un profil d’exploitation optimal. Pour Nazim Zouiouéche, les solutions à court terme pour faire face à la baisse tendancielle de notre production gazière, se situent dans une combinaison d’économies : « le torchage du gaz continue de nous faire perdre 6 milliards de mètres cubes par an » et d’une « accélération de la mise en exploitation de nos gisements du Sud ouest qui peuvent apporter 12 milliards de mètres cubes supplémentaires et soulager Hassi R’mel, » .
Les ressources conventionnelles, pour N. Zouiouéche, c’est aussi et toujours le pétrole. « Pourquoi dit-on que l’Algérie est d’abord un pays gazier ? Augmenter de 1% le taux de récupération de Hassi Messaoud ferait augmenter nos réserves de plus de 500 millions de barils ». Comment parvenir à ce résultat et aller beaucoup plus loin dans la récupération des réserves du gisement géant ? Zouiouéche en est convaincu : « Sonatrach ne pourra pas le faire seule ».
Pour cet ancien de Sonatrach, ouvrir le capital du gisement à des compagnies étrangères est un pas qu’il ne se résout pas à franchir en dépit du scepticisme que lui inspire les capacités techniques et managériales présentes du champion national. La solution se situe sans doute dans la signature de « contrats de services », suggère l’ancien PDG de la compagnie nationale, qui croît fermement à l’avenir du conventionnel et verrait d’ailleurs bien le « siège de Sonatrach transféré à Touggourt, qui dispose d’importantes ressources en eau, où on pourrait également implanter une université et des centres de formation spécialisés pour enrayer l’hémorragie des techniciens dont souffre Sonatrach et qui sera bientôt reliée au Nord du pays par une voie de chemin de fer » .