Le PDG d’Air Algérie, Mohamed Salah Boultif (photo d’archive/HuffPost Algérie).

Aujourd’hui au Forum de Liberté, le PDG d’Air Algérie, Mohamed Salah Boultif, a éludé les questions qui fâchent, notamment les circonstances de l’évacuation des ressortissants algériens du Yémen et ce que cette opération a pu provoquer comme crise diplomatique avec l’Arabie saoudite.

 

 

Ni le rapatriement des ressortissants algériens du Yémen ni le dossier du nouveau siège d’Air Algérie n’ont été commentés aujourd’hui par le PDG d’Air Algérie, invité du Forum du quotidien Liberté. Mohamed Salah Boultif s’est contenté de dire à propos de la présumée fermeture de l’espace aérien de l’Arabie saoudite aux appareils battant pavillon algérien que « la compagnie nationale a assuré huit vols hier à partir de ce pays » et qu’« il y en a sept de prévus aujourd’hui ». Et de conclure : « Ce qui se dit à ce sujet relève du n’importe quoi ! ».

L’appareil devant exfiltrer les ressortissants algériens du Yémen a été pourtant bloqué pendant trois jours au Caire. Il n’a pu réussir sa mission qu’après des tractations au plus haut niveau. Une cellule de crise regroupant le directeur de cabinet à la présidence de la République, Ahmed Ouyahia, le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, et le PDG d’Air Algérie, Mohamed Salah Boultif, a géré les relations avec l’Arabie saoudite, difficiles à cause de la position de l’Algérie par rapport à sa guerre contre les Houthis yéménites.

Quant au dossier du nouveau siège de la compagnie, Mohamed Salah Boultif a dit « ne pas être au courant de l’existence » du document évoqué par le gérant de l’entreprise TransInter, Karim Ait Aissa, un « arrêté du Conseil d’Etat », selon ce dernier, attestant que son entreprise est la propriétaire légitime du terrain sur lequel se construit le siège en question, à Bab Ezzouar.

 

Un recrutement très sélectif

 

Sur un autre plan, le PDG d’Air Algérie a indiqué que la compagnie nationale a réalisé ses objectifs de qualité à hauteur de 62% en 2014 et que la qualité de ses services et sa ponctualité vont s’améliorer à court terme, avec l’acquisition des nouveaux appareils et le recrutement de nouveaux personnels opérationnels. Il a rappelé que le gros de ses investissements a été consenti pour renforcer la flotte. « Il s’agit d’un crédit syndiqué de 79 milliards de DA (près d’un milliard de dollars, NDR) avec pour chef de file la BNA », a-t-il précisé.

Mohamed Salah Boultif est également revenu sur le concours de recrutement des pilotes, un processus « transparent et très sélectif » selon ses termes, supervisé par l’école anglaise d’Oxford et qui a vu le passage de 15 candidats seulement sur les 10.823 ayant postulé pour la formation avant que leur nombre ne soit porté à 60 après une deuxième session.

Au programme de la compagnie, le recrutement de 200 pilotes, de 150 stewards et hôtesses de l’air en plus de 150 agents techniciens : « Il y a une résolution du conseil d’administration qui a gelé le recrutement dans la compagnie parce qu’on a estimé qu’elle était en sureffectifs. Or, les fonctions opérationnelles sont en sous-effectifs. J’ai essayé de rééquilibré avec la filialisation de la compagnie et la mise en exécution du nouvel organigramme. »

Avec la livraison de deux nouveaux Airbus prévues cette année, a souligné le PDG d’Air Algérie, la compagnie pourra assurer la campagne du hadj sans recourir au fret : « Nous aurons en tout huit Airbus en plus de nos trois Boeing 767 et nous avons ainsi l’espoir de faire assurer le hadj 2015 par nos propres appareils. »

 

« On verra s’il y a eu retour d’expérience à SwiftAir… »

 

Mohamed Salah Boultif a exprimé un point de vue personnel sur la question de l’Open Sky. Selon lui, l’Algérie n’y est pas encore prête, au moins dans le court terme. « Ce n’est pas parce qu’Air Algérie n’est pas prête à concurrencer des compagnies étrangères comme le suggèrent certains mais parce que l’ouverture du ciel doit accompagner une démarche d’importation de touristes. Et ce n’est pas le cas en Algérie », a-t-il souligné. Le développement du tourisme compenserait, à ses yeux, sur le plan macroéconomique, d’éventuelles pertes liées à la fin du monopole.

S’agissant de l’accident du MD-83 de SwiftAir affrété par Air Algérie en avril 2014 et qui s’est écrasé au Mali, Mohamed Salah Boultif a rappelé que cet avion avait eu le même problème qu’un autre avion de la même compagnie espagnole à un mois d’intervalle. « L’enquête, qui n’est pas encore bouclée, déterminera s’il y a eu un retour d’expérience et si la compagnie SwiftAir a engagé les corrections nécessaires et a instruit ses équipages de ce qu’ils doivent faire face au givrage des capteurs de pression de l’appareil une fois arrivé en croisière », a-t-il déclaré. Car, a-t-il poursuivi, ce problème, identifié un mois auparavant par l’équipage d’un autre avion de SwiftAir, n’a probablement pas été identifié par les pilotes du MD-83 qui semblent n’avoir entrepris aucune action correctrice pour éviter le décrochage. Et tout en énumérant les mesures de sécurité suivies par Air Algérie depuis 2007 : « La compagnie exige la présence de deux personnes dans le cockpit. Si le pilote ou le copilote s’absente pour un moment, le chef de cabine le remplace. De même la compagnie ne donne pas le même repas aux deux membres de l’équipage. L’objectif de ces mesures était de faire face à un éventuel malaise qui pourrait affecter l’un deux ou si l’un d’eux est la victime d’une intoxication. »

Mohamed Salah Boultif s’attend à ce qu’il ait un « avant » et un « après » l’accident de l’Airbus de Germanwings dans la réglementation de l’aviation civile. « La porte blindée du cockpit, imposée après les attentats du 11 septembre 2001, si elle est une bonne mesure de sûreté, s’est avérée une mauvaise chose en terme de sécurité. Il y aura éventuellement des corrections dans ce sens », a-t-il conclu.