La chronique hebdomadaire de El Kadi Ihsane sur El Watan s’est arrêtée sur la conférence  de prospective de Chakib Khelil à l’ISGP à Alger. Une imposture.

 

Chakib Khelil conseille le gouvernement algérien dans une conférence très sélect tenue samedi 25 novembre à l’ISGP.  Il ne s’agit pas dans cet espace de s’indigner de l’existence d’un tel événement. Nous sommes sous le régime du 4e mandat, c’est à dire dans un monde parallèle aux normes constitutionnelles, et étrangères à la morale publique. Toutefois. Le personnage est fortement soupçonné d’avoir concouru à la ruine du  secteur qu’il a dirigé durant dix ans en lui faisant, entre autres, porter le poids de surcouts considérables en échange de commissions multiples perçues à travers un réseau de sociétés écrans largement éventé depuis six ans. Chakib Khelil est toujours attendu par la justice suisse pour des explications sur les flux sur ses comptes bancaires, et concerné par l’enquête judiciaire milanaise sur le réseau de corruption active de la compagnie italienne Enie et de sa filiale Saipem. Que sont donc allés écouter les dizaines de cadres de l’Etat et autres universitaires ce samedi à l’ISGP ?  Une recommandation pour éviter la corruption. Voilà le type d’humiliation matinée de sadisme, auquel on peut s’exposer en cédant au voyeurisme latent qui accompagne le sillage de l’ancien ministre de l’énergie de Abdelaziz Bouteflika. Chakib Khelil conseille donc au gouvernement algérien de ne plus recourir aux licences d’importation pour réduire les sorties de devises car c’est un mécanisme qui ouvre la porte à la corruption. Il fallait donc venir écouter le plus grand gibier de parquet en liberté en Algérie pour apprendre ce qui a été intégré par plusieurs décennies d’études académiques.  Mondialement admis ; la politique des quotas donnent un pouvoir souvent monnayable à l’administration en l’absence de régulateurs puissants, de contre pouvoirs civiques et surtout d’indépendance de la justice. Chakib Khelil aurait peut être du prévenir les algériens de ce risque « si méconnu », deux ans plus tôt au début des licences d’importation sur l’automobile. Un gisement d’affaires colossal qui a fait en un temps record, selon les accusations directes de nombreux concessionnaires algériens et étrangers,  du ministre Abdeslam Bouchouareb, le Chakib Khelil de l’industrie. Merci quand même pour le conseil. Dans une conférence dont l’intitulé parle de « prospective » il sonne comme une autopsie.

A contre temps sur la tendance

Non, le propos ici n’est pas de rappeler combien la conférence de Chakib Khelil en « visionnaire » est une invitation subliminale à l’encanaillement.  Juste d’insister sur l’angle mort de son parcours chaotique. Son incompétence à la fois académique et opérationnelle. C’est ce que veulent depuis des années mettre en lumière des cadres algériens du secteur de l’énergie. Sans réel succès. Avant même d’être corrompu, Chakib Khelil est incompétent. Trois illustrations de la courte vue de Chakib Khelil, le nouveau conseillé du gouvernement. D’abord la réforme de la loi sur les hydrocarbures. Au moment où il l’engage en 2002, toutes les études montrent que le marché pétrolier mondial est au seuil d’une onde structurelle haussière des prix. Alimentée à la fois par un pick-oil rampant – déclin des grands gisements historiques difficiles à renouveler-, et par la montée en puissance de la demande des pays émergents. Stratégiquement, ce n’était pas le moment de faire d’inutiles cadeaux aux investisseurs étrangers (régime des concessions). Aucun pays membre de l’OPEP ne s’est engagé dans la voix choisie par Chakib Khelil. En situation de tension sur l’offre, ce sont les compagnies nationales qui, de fait, reprenaient la main sur l’accès aux ressources. La loi Khelil – finalement adoptée en 2005 au moment où la tendance haussière s’était installée- a ouvert une brèche énorme dans la cuirasse de l’OPEP. Contrairement à ce que de nombreux observateurs pensent, ce n’est pas l’interpellation de Hugo Chavez qui a provoqué le rétropédalage maladroit de 2006, mais une protestation amicale des saoudiens auprès de Bouteflika. La loi de partage de production combattue par Chakib Khelil marchait très bien. Il n’y a pas que de l’intéressement dans ce qu’a fait le ministre (on a bien vu que c’est ailleurs qu’il monétisait son pouvoir), il y a une véritable cécité intellectuelle face aux tendances lourdes de l’industrie pétro-gazière. Une autre illustration la conforte. Un haut cadre du secteur a mis sous le nez du ministre de l’énergie dès le premier semestre 2008, une cartographie des forages dans le gaz et le pétrole non conventionnels au Texas, étalé sur deux années. Croissance exponentielle. Il s’agissait de dissuader le ministre de faire des acquisitions de capacités de regazéification sur la côte est américaine. La prospective disait clairement que le marché américain allait devenir autosuffisant en gaz naturel, grâce au schiste, et qu’il était urgent de ne pas en faire une destination pour le gaz algérien. Le ministre a sous-estimé le phénomène. Et Sonatrach s’est égarée dans une fausse piste.

Pas à jour sur l’électricité solaire

La troisième illustration de l’incompétence de Chakib Khelil c’est lui même qui la rapporte dans sa conférence événement à l’ISGP.  Le ministre a considéré  que la génération de l’électricité renouvelable (solaire essentiellement) était une activité qui ne pouvait pas attirer les investisseurs privés car elle n’était pas rentable et nécessitait des subventions publiques pour son développement. L’ancien ministre n’a pas mis à jour sa connaissance de l’évolution des tarifs du kw-h solaire dans le deux filières du photovoltaïque et du thermique. Les derniers appels d’offres en 2017 pour la réalisation de champs solaires en photovoltaïques au Chili et en Arabie Saoudite sont passés sous les 3 cents de dollar pour le kw-h. C’est moins cher que la génération de l’électricité par l’utilisation du gaz naturel. La génération de l’électricité solaire est en passe de devenir rentable dans des régions du monde ou la concentration solaire est comparable à celle de l’Algérie. Elle y attire les investisseurs privés. Pourquoi pas en Algérie ? Le ministre de l’énergie se trompait beaucoup sur le plan stratégique lorsqu’il était aux affaires. Il continue d’être léger dans ses pronostics en dépit du temps dont il dispose pour se tenir informer, en liberté. Il était nécessaire de le rappeler aujourd’hui. Puisqu’il conseille le gouvernement.