Algérie Informatique USTHB
Pr. Abdelkader Belkhir, directeur du laboratoire des systèmes informatiques (LSI –USTHB)

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Rencontré en marge des 7e journées du laboratoire des systèmes informatiques (LSI –USTHB), dont il est le directeur, le Pr. Abdelkader Belkhir, estime que la généralisation des TIC est l’affaire de tous les secteurs. On apprend, dans cette première partie de l’entretien, que de jeunes étudiants, fraichement diplômés en sécurité informatique, ont trouvé preneur à l’étranger.

Quel est l’objectif de ces journées du LSI ?

Cette rencontre s’inscrit dans les activités régulières du Laboratoire des Systèmes Informatiques (LSI) de la Faculté d’Informatique et d’Electronique de l’USTHB. Chaque année nous organisons deux évènements. Il y a, au mois de mai de chaque année, « Les Doctoriales du LSI », un espace d’expression destiné aux doctorants de la faculté. Et chaque fin d’année, nous organisons les « Journées du LSI », auxquelles participent également des partenaires. Cette année nous avons invité des représentants d’Algérie Telecom, de la gendarmerie nationale, de la police, de Sonelgaz et d’autres entreprises également. Ce qui nous permet de montrer l’étendue de l’activité scientifique au sein du LSI et des possibilités de projection des travaux de recherche que nous menons vers des secteurs socioéconomiques.

 

C’est la présentation de vos projets de recherche ?

C’est plus que ça. En tant que directeur du LSI, je présente le sommaire global des activités du Laboratoire, et principalement des résultats obtenus au cours de l’année. C’est aussi une halte pour les chercheurs de chaque équipe qui participent en présentant leurs travaux en cours. C’est une sorte d’auto-évaluation du Laboratoire et des équipes de recherche.

 

Les sujets relèvent de la recherche fondamentale ou bien vous les choisissez selon les besoins d’application ?

Il y a côté recherche fondamentale, mais il y a aussi des thématiques et des sujets dont la projection est directement liée à des problématiques socio-économiques. Si je prends ce projet dans le cadre des travaux de l’équipe « Mobilité », il s’intitule : « Un système sécurisé de surveillance de patient utilisant les réseaux de capteurs sans fil ». Donc la problématique de recherche c’est les réseaux de capteurs sans fil avec la sécurité, mais dont la projection va être chose de viable. Il y a aussi plusieurs travaux qui traitent de « e-Santé », dont l’objet est de faire la collecte, la surveillance et l’analyse de toutes les données liées au patient, ce qui permettra au personnel hospitalier d’intervenir au bon moment et dans des situations assez précises qui sont décrites par les données captées à travers les différents capteurs.

 

Vos travaux touchent plus le domaine software que hardware ?

Le LSI a pour vocation le côté software. Mais le côté hardware est utilisé pour des raisons d’adressage et de reconnaissance des périphériques, particulièrement quand on a les capteurs. C’est ce qu’on appelle les « objets communicants ». C’est une thématique qui s’impose avec acuité à l’échelle mondiale, à travers « The Internet of Things » (objets connectés). Cela veut dire, qu’à un moment donné, les objets qui nous entourent, comme les montres intelligentes de Samsung et Apple, et plein d’autres objets intimement liés à l’utilisateur, qui vont communiquer entre eux. Ce qui posera le problème de la sécurité des données et la vie privée des individus.

 

La sécurité est omniprésente

Oui, vous la trouverez dans plusieurs sujets parmi les travaux de plusieurs équipes de recherche. Prenez l’équipe « VAAL » (Web Technologie et sécurité informatique), l’objet est d’adapter le web service à l’identité numérique. Le souci est d’essayer d’avoir des services électroniques pour l’individu, grâce à son identité, représentée par des cartes à puces, comme la carte d’identité biométrique qu’on annonce, dans un futur proche, en Algérie. Il faudra s’y préparer, car il ne s’agit pas d’avoir une carte qui est du même usage que celle en vigueur actuellement. Ça ne doit pas être perçu seulement comme un document d’identification du porteur de cette carte biométrique, mais un outil de communication permettant d’avoir des services électroniques. Donc le VAAL est un projet académique avec des impacts sur le bien être du citoyen, si on arrive à mettre en œuvre cette plateforme à base de la carte à puce.

 

Existe-t-il une politique nationale d’informatique ?

Le problème majeur en Algérie, c’est qu’on n’a pas de stratégie informatique et d’utilisation des TIC. La problématique des technologies de l’information et de la communication est transversale. On ne peut pas contenir l’usage des TIC à secteur précis. La décision du ministère de l’Intérieur de rendre disponibles les documents d’état civil dans toutes les APC et de supprimer la légalisation des documents originaux est très importante, mais il faudrait aller bien au-delà. Prenons le cas du tourisme. L’Algérie éprouve d’énormes problèmes à faire valoir son potentiel dans ce domaine. Si on avait une stratégie claire, prenant en compte tous les secteurs, on exigera de chaque APC de disposer de son site Web. Ce sera d’abord un portail de communication où seront portés à la connaissance des citoyens de la commune, les décisions prises, les projets en cours ou envisagés, et on peut même avoir le feedback des citoyens. A travers un site web, on peut aussi mettre en place des guichets électroniques, pour éviter les déplacements et les chaines aux citoyens qui, souvent, sont obligés de s’absenter de leur travail. C’est aussi un formidable moyen pour vanter les ressources touristiques d’une commune et ses opportunités d’investissement. D’où la nécessité d’une stratégie globale pour la généralisation des TIC à tous les secteurs.

 

Existe-il des compétences nationales de sécurité informatique ?

Nous avons ouvert, depuis quelques années, un « Master de sécurité des systèmes informatiques » dont le but est de former des étudiants qui pourront prendre en charge ce volet. La première promotion de ce master est sortie en juin dernier, la prochaine est prévue d’ici la fin de l’année universitaire. C’est un pas en avant, même si la problématique n’est pas totalement cernée. C’est une expérience à généraliser à d’autres universités du pays.

 

Avez-vous des nouvelles des diplômés de la 1ère promotion ? Ont-ils trouvé du travail en Algérie ? Sont-ils partis à l’étranger ?

La première promotion du « Master de sécurité des systèmes informatiques » était composée d’une trentaine d’étudiants. Parmi eux, une bonne moitié est à l’étranger. Permettez-moi de voir le côté positif de leur départ vers d’autres cieux. Cela prouve que notre formation a de la valeur. Même s’il est vrai que du point de vu potentialités pour le pays, nous sommes perdants. L’autre moitié de la promotion, je peux vous dire (sans entrer dans les détails), qu’ils ont été recrutés en Algérie. Deux parmi ces diplômés, qui ont pu faire avec brio l’audit d’une structure nationale en détectant les anomalies de sécurité des systèmes informatiques et de proposer des solutions, font désormais partie de cette institution.