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L’avocat de l’ancien Pdg d’Enafor s’en est pris à Sonatrach : selon lui, tout en refusant de déposer ses propres fonds à la banque Al Khalifa, elle n’a pas alerté ses filiales sur le danger qu’elles encouraient en faisant des dépôts dans un établissement dont elle connaissait les anomalies de fonctionnement. 

 

Les filiales de Sonatrach ont déposé, entre 1999 et 2002, l’équivalent de 3 milliards de DA dans les caisses de la banque Al Khalifa qui a fait une retentissante faillite en 2003. Les principales dépositaires étaient l’Entreprise nationale de forage (Enafor, 1,2 milliard de DA) et l’Entreprise nationale de géophysique (Enageo, 1 milliard de DA) ; leurs anciens Pdg, respectivement, Daoud Sahbi, et Rehal Redha sont poursuivis pour corruption, réception de cadeaux contre des services et abus d’influence.

Dans l’après-midi de ce lundi, Me Aceb Ouali, avocat de l’ancien Pdg d’Enafor, contre lequel le parquet a requis hier une peine de 3 ans de prison, s’en est pris à Sonatrach : selon lui, tout en refusant de déposer ses propres fonds à la banque Al Khalifa, elle n’a pas alerté ses filiales sur le danger qu’elles encouraient en faisant des dépôts dans un établissement dont elle connaissait les anomalies de fonctionnement. Il a, en outre, pointé du doigt l’inertie de la banque d’Algérie qui avait tous les moyens d’arrêter « l’hémorragie » de l’argent des entreprises publiques, ainsi que l’ancien ministre des Finances, Mourad Medelci, qui n’a pas mis en application le nouveau dispositif de contrôle bancaire.

Arguant que le vice-gouverneur de la Banque d’Algérie, Ali Touati, était membre du conseil d’administration de Sontrach, ce qui implique une connaissance profonde des pratiques illégales et du risque de banqueroute, il a relevé que ses responsables n’ont pas réagi au dépôts des fonds de leurs filiales, bien qu’ils aient été au courant, causant ainsi des dommages énormes aux filiales concernées. « Sonatrach a une lourde responsabilité dans la perte des fonds de ses filiales », a-t-il déclaré à Maghreb Emergent. Et d’ajouter : « Si le nouveau dispositif de contrôle bancaire, qui existait en 2001, avait été actionné, la catastrophe financière aurait été évitée, ou du moins réduite ».

Pour Me Aceb, la Banque d’Algérie a failli grandement à son rôle d’inspection et de contrôle, et elle est même complice dans une certaine mesure, nous a-t-il dit : « Les agents de la Banque d’Algérie n’ont pas accompli leur devoir à temps bien qu’ils aient pris connaissance (de la situation de Khalifa Bank, NDR), à travers le procès-verbal réalisé par l’inspection en 2001, et qui a été adressé par la suite au ministère des Finances. C’est l’Etat même qui a maqué à ses devoirs, et que je désigne, par ce fait, comme le principal responsable. Mais on ne peut pas prendre tout l’Etat et le mettre en prison ! »

S’agissant des faits de corruption imputés à son mandant (réception de cartes gratuites de voyage à bords des appareils de Khalifa Airways), Me Mahmoud Fadel, deuxième avocat de M. Sahbi, a rappelé que son mandant était responsable de plusieurs filiales et directions de Sonatrach et même Directeur de l’Institut algérien du pétrole (IAP), et que de par ses fonctions, ses voyages à l’étranger étaient pris en charge entièrement par Sonatrach, tandis que ses déplacements à l’intérieur du pays, se faisaient conformément à une convention « légale », ratifiée par Enafor et Al Khalifa Airways. « La carte gratuite de voyage n’a été utilisé par M. Sahbi qu’une seule fois, lors d’un vol retour en provenance du Sultanat d’Oman. Une carte obtenue en qualité de client fidèle de la compagnie aérienne privée ».

M. Sahbi Daoud, pour rappel, a été relaxé en 2007.