La cour de Blida : le procès d’une immense escroquerie.

 

L’audition des témoins dans l’affaire Al Khalifa s’est clôturée cet après midi an du tribunal criminel près de la Cour de Blida par l’audition de personnalités sportives : présidents ou anciens présidents de clubs, joueurs ou journalistes sportifs.

 

L’ancien Président de l’équipe de l’Entente de Sétif entre 2003 et 2011, Abdelhakim Serrar, est le premier président de club sportif à s’être présenté devant le président du tribunal Criminel M. Antar Menouar. Pour lui, le sponsoring  des équipes de football était inégal et régionaliste et se faisait selon les préférences des responsables du Groupe Al Khalifa. « L’équipe de l’ESS qui était suivie par toute la région des Hauts-Plateaux ne bénéficiait que d’un sponsor à hauteur de 400 millions de centimes, tandis que d’autres clubs percevaient jusqu’à 6 milliards de centimes. Beaucoup de clubs de l’Est et de l’Ouest n’ont pas été sponsorisés par le Groupe Al Khalifa », regrette M. Serrar.

Mais ce sponsoring se faisait en fonction des performances et des auras qu’avaient les équipes à l’époque, témoigne le journaliste sportif Maamar Djabbour, ancien directeur de la Direction sportive du Groupe Al Khalifa, puis de la chaine Al Khalifa Tv. « On privilégiait les grandes équipes comme le CRB, le MCA, le MCO,  avec une petite préférence pour les clubs qui jouaient les compétitions régionales comme la JSK et l’USMA », explique-t-il en précisant que tous les sponsorings  étaient régis par des conventions écrites et vérifiables. Maamar Djabbour tient à souligner que le NAHD Hussein Dey, équipe favorite de Abdelmoumène Khalifa était parrainée et non sponsorisée car M. Khalifa voulait en faire une grande équipe. Il dit par ailleurs ne rien savoir sur les aides financières octroyées à l’équipe du Widad Boufarik retirées directement pas l’agence d’Al Khalifa Bank de Koléa. Maamar Djabbour qui séjournait dans un hôtel à Paris près de la place de la République lors de son travail comme journaliste et animateur à Khalifa TV, dit que la décision du sponsoring de l’Olympique  de Marseille était  une excellente idée, et, dit-il « c’était même une fierté pour l’Algérie ».  

 Abdelmoumène Khalifa payait les salaires des  joueurs de la JSK

Ce fut ensuite au tour du président de la JS Kabylie. M. Mohand Cherif Hannachi. Celui qui est président de la JSK depuis 1993 de passer à la barre. Il, ne cache en rien ses points de vue sur l’apport du Groupe Khalifa à la scène sportive algérienne. « Abdelmoumène nous aidait, il aidait tous les sportifs. Tout le monde a pris de l’argent de son groupe et son accompagnement nous permettait d’être à l’aise. Nous étions tous très à l’aise », a-t-il répété au juge. Par le truchement de Saïd Allik, ancien président de l’USMA, M. Hannachi était abordé par Abdelmoumène Khalifa qui lui proposait le sponsoring des Canaris, qu’il accepta. « On me propose de me donner de l’argent je dis non ? », lance-t-il au juge. « Abdelmoumène (Khalifa) m’a proposé de payer les salaires des 26 joueurs, (35000 DA le joueur à l’époque), et aussi des membres du staff technique (17 000DA), en plus des primes des matchs et des services de transports à l’intérieur et à l’extérieur du territoire national. On ne connaissait jamais de problèmes de transport, il suffisait de l’appeler pour nous affréter un avion », raconte-il. Selon Hannachi, Al Khalifa Bank a payé 23 voitures « Peugeot 307 » aux joueurs de la JSK en 2002. « Ces 307 étaient pour les joueurs, moi je n’ai rien pris, et je n’ai jamais pris d’argent de sponsoring quel que soit sa provenance. Au contraire, dans les moments difficiles, je donnais de mon argent à la JSK, que j’ai sauvée comme je vais le refaire cette fois-ci », raconte-t-il. Mohand Chérif Hannachi dit qu’après la chute de l’ « empire Al Khalifa », son club ne recevait que quelques petites subventions de la part des autorités locales. «  Nous avons besoin de 45 milliards de centimes pour assurer le championnat, la coupe et les compétitions régionales. Nous avons également besoin d’un centre de formation si on veut propulser le football en Algérie. Al Khalifa avait un projet de construction de centres de formation. Son absence s’est faite sentir après », affirme-t-il.

Pour les enveloppes contenant une somme de 5000 FF distribuées aux invités lors de la signature de la convention de sponsoring de l’OM dans un hôtel à Paris, Hannachi dit qu’il a refusé en disant qu’il n’en avait pas besoin. « Al Khalifa n’a fait que me transporter sur son avion en qualité d’invité, et c’est normal », témoigne-t-il en rajoutant «  Il est dommage que l’aventure Al Khalifa s’est terminée ainsi ; ça aurait été une bonne chose pour nous tous. »