La décision du maintien du contrat de GK3 avec Saipem, en dépit de la majoration  des prix de l’offre,  a été prise pour répondre aux exigences stratégiques du moment.

 

Le tribunal criminel près la Cour d’Algérie poursuit ce 16 janvier, l’audition des témoins concernés par le projet du gazoduc GK3 reliant Hassi R’Mel à El Kala (GK3 dans l’aval),  remporté par l’entreprise italienne Saipem Contracting Algérie en 2009, pour une valeur de 585 millions de dollars. Sonatrach avait attribué ce projet à Saipem Contracting Algérie sans passage par la voie régulière de l’appel d’offre, mais plutôt dans le cadre d’une consultation restreinte. La filiale d’ENI a remporté le marché devant l’entreprise française Spie Capag. Comparu devant le juge M. Reggad, l’ancien Vice président chargé de la Direction des transports par Canalisation M. Hocine Chkirat, également ancien membre de la commission technique en charge de l’étude des soumissions des offres, explique que le non recours à l’appel d’offre est dû à l’urgence de la situation qu’impliquait la préservation de la chaine des valeurs : «  Nos activités s’inscrivent dans une chaine de valeur et il a fallu assurer le fonctionnement mutuellement de l’ensemble des maillons de cette chaine. L’accélération de la production amont, impliquait une prompte mise en place des structures de l’aval  pour assurer le fonctionnement de toute la chaine, et la proposition du marché dans un appel d’offre allait nous faire perdre beaucoup de temps ». Affirmant que l’offre de Saipem remplissait tous les critères relatifs aux capacités techniques, aux délais de réalisation et à l’expérience, celui qui fut le directeur du service d’Audit de Sonatrach dit que la directive interne de Sonatrach  A408 R15, régissant la passation des marchés ne prévoyait pas de consultation restreinte, mais que cette dernière fut introduite par un Addendum en 2007. « Sontrach n’est pas assujettie aux code des marchés publics, car son budget ne provient pas du Trésor Public », tient-il à souligner.

L’acceptation de l’offre de Saipem répondait à une nécessité stratégique

Après sa participation à la CEOT (Commission d’évaluation des Offres Techniques), M. Chkirat est nommé à Tassili Airlines. Il a été  remplacé par M. Zenassni (poursuivi pour association de malfaiteurs et corruption entres autres). Les offres retenues par la commission technique ont été soumises après quatre mois de vérification à la commission financière, laquelle octroie –séance tenante- le marché GK3 à Saipem en dépit des prix excessivement élevés des services. « Les prix proposés dans l’offre de Saipem dépassaient de 68% les prix appliqués à l’international et de 118% le budget prévisionnel pour ce projet », rappelle M. Chkirat, en nuançant que « ces prix correspondaient à une conjoncture donnée et qu’il est très rare que les coûts prévisionnels soient plus au moins conforment aux prix justes d’un marché ». En effet, la valeur de construction du kilomètre linaire qui ne dépassait pas 1,2 million dollars dans les marchés mondiaux, ont été remportés par Saipem pour 2 millions de dollars ! Un montant que Chkirat reconnait « élevé », et précise que la Commission financière avait les prérogatives pour l’annuler. « La décision du maintien ou de l’annulation de cette offre devrait se décider aux regard de deux facteurs : Le facteur  financier ; annuler le contrat en raison du prix élevé ou stratégique ; prendre le temps de chercher un autre fournisseur qui aurait moins de capacités et de disponibilité, ce qui aurait fait perdre des marchés européens à Sontrach au profit d’autres fournisseurs, notamment les Qataris et les Russes. Et c’est la décision stratégique qui a prévalue ! », a-t-il expliqué. Lors de son audition en qualité de témoin le 12 janvier, le directeur des affaires  juridiques de Sonatrach M. Mouhamed Rachid Benali, a affirmé que Zenassni, avait refusé de signer ce contrat avec Saipem pour ses prix majorés, mais qu’il a fini par le faire suite à une injonction de l’ancien ministre de l’énergie et des mines Chakib Khelil.   

 Aucune entreprise nationale n’avait les capacités nécessaires pour remporter le projet

En précisant que le gré à gré était indispensable et qu’il s’est déroulé dans la transparence,  M. Chkirat explique que Sonatrach, qui a choisi de réaliser le projet GK3 dans l’Est, pour accompagner le complexe GNL de Skikda et la participation dans le projet national de développement des villes de l’Est, n’a pas voulu le confier à une entreprise nationale, car « il n’existe aucune entreprise nationale ayant la capacité de l’exécuter », estime-t-il. Il ajoute que la seule entreprise algérienne possédant les capacités techniques et l’expérience requise, présentait des problèmes en termes de délai de réalisation.