Pour ce quatrième vendredi de manifestations contre le régime, c’est un festival artistique que les Algériens ont offert aux témoins de leur révolte. Dans la capitale, particulièrement, la manifestation avait un air de fête.

Des pancartes portant des slogans amusants, de la musique et des chansons guillerettes, entrainantes, à en oublier la raison première des marches. Il y avait aussi, très présents, les symboles de la revendication amazighe, définitivement réconciliée avec la capitale, presque deux décennies après les manifestations de 2001 et les douloureux incidents qui les ont marquées.

Ce vendredi, les marcheurs se sont donné rendez-vous pour exiger le départ du régime et exprimer leur rejet d’un quatrième mandat présidentiel prolongé. Mais c’était aussi un rendez-vous pour s’exprimer comme on le souhaitait et accessoirement admirer le spectacle. Celui d’une foule rejetant un régime politique dans la bonne humeur et en musique.

Durant cette journée,  beaucoup d’Algérois étaient d’ailleurs sortis en famille, certains avec des enfants en bas âge. La foule dense, compacte, en milieu d’après-midi, n’était pas inquiétante, elle était plutôt familière et bienveillante. C’était une foule animée par des artistes évoluant en processions avec pour scènes de spectacle des rues prises aux automobilistes, le temps d’une marche. A Alger, ce vendredi, c’était jour de fête.

Les marcheurs, des gens ordinaires dans la vie, étaient devenus poètes au fil des « manifs». Leurs slogans subtils, amusants et profonds griffonnés sur du papier ou inscrits sur des banderoles surprennent et étonnent. On ne connaissait pas cet humour fin à nos compatriotes et cette créativité débordante. Débordante à en noyer le pavés.

Un peu partout, des manifestants formaient des cercles improvisant des pistes de danse où on pouvait  se laisser aller sur toutes sortes de rythmes musicaux. Les fêtards de ce vendredi ont choisi de célébrer la fin du système politique en dansant sans haine, ni colère excessive, comme si ce pouvoir était, depuis longtemps, de l’histoire ancienne.

Enfin d’après-midi, lorsque la manifestation était à son crépuscule, dans les rues de la ville, ce sont les policiers qui ont fait la fête dansant et chantant à leur tour,  comme pour finir ce qu’avaient commencé les manifestants, répétant ce déjà célèbre slogan qui fait des forces de l’ordre et des marcheurs des frères.

A la nuit tombée, A la rue Belouizdad, des habitants ont pris l’initiative de gérer la circulation, certains d’entre eux offraient des bouteilles d’eau aux automobilistes. Plus loin, à Audin des jeunes nettoyaient la place des traces de la manifestation. Un comportement hautement symbolique par lequel,  ils entendent rappeler à ceux d’en haut  que c’est à eux que le pays, ses rues et son avenir appartient.