Mourad Goumiri

Le problème du rôle de l’état dans la sphère économique est un sujet très controversé et les écoles de pensée se combattent idéologiquement surtout entre les “classiques et néoclassiques” et les Keynésiens et les néo keynésiens”.

Ce qui est certain c’est que l’intervention plus ou moins importante de l’état se justifie en période de crises économiques et financières depuis des lustres, alors que les théories libérales se font remarquer durant les périodes de fastes.

Les premiers accusent les seconds d’être à l’origine des crises et argumentent que l’interventionnisme les accentue voire les engendre, sur les plans économique et financier, alors que le libre jeu du marché (la fameuse main invisible que personne n’a encore rencontré) est le seul régulateur vertueux, capable de réguler l’économie national et partant mondiale. A quoi, les interventionnistes répliquent, que le seul jeu du marché ne peut en aucun cas résoudre les problèmes économiques et financiers, il faut donc que l’état intervienne pour amortir les chocs et surtout le coût social des crises.

Or, il se trouve qu’actuellement nous sommes en période de crise aiguë certes catalysée par la pandémie du coronavirus, qui exige un confinement c’est-à-dire une cessation de pans entiers de l’activité économique et financière avec des répercussion importante sur l’emploi, les revenus, la consommation… l’économie mondiale entrant dans une période de récession sans précédent. J’ai donc cherché un acteur déterminant (entreprises, salariés, marché, bourse, banques…) qui pourrait à lui seul juguler la crise actuelle et à venir et j’en ai point trouvé à part… l’état ! Il me semble que dans la situation actuelle et future, seul l’état, en coordination avec tous les autres acteurs peut trouver des solutions durables pour amortir ces chocs et minimiser les conséquences sociales.

Une politique de relance économique peut s’avérer porteuse d’espoir à condition qu’elle soit ciblée, cohérente et s’inscrive sur le moyen et long terme même s’il faut des décisions de court terme, pour palier au plus pressé. L’état-locomotive n’a de sens que s’il y a derrière lui des wagons et que ces derniers soient arrimés solidement à lui.

Cette locomotive doit avoir, avant tout, un itinéraire strictement défini, c’est ce que l’on peut appeler une vision stratégique, avec plusieurs séquences et une intersectorialité finement tissée afin de gagner en synergie, sinon cela ira dans tous les sens et perdra en efficacité.

Partant du potentiel existant et des besoins priorisés de la population, la relance économique doit être imprimée dans le marbre des décisions économiques et financières et tous les exécutants doivent s’y en tenir, ce qui nécessite une rigueur et un courage politique sans failles et un encadrement compétent et discipliné.

l’Etat doit investir dans la décentralisation et la débureaucratisation !

Les secteur privés national et étranger doivent avoir leur place dans cette stratégie, il n’est pas question d’en faire l’économie. Malheureusement, “l’accumulation primitive” nationale s’est réalisée dans la sphère des services ( notamment dans ce que l’on appelle chez nous l’import-import) de la spéculation et de la rente, ce qui s’est traduit par ce que nous avons vécu durant les 20 dernières années, avec pour seule variable d’ajustement la rente pétrolière.

C’est ce processus auquel l’état doit s’attaquer en priorité, c’est-à-dire inciter le secteur privé à sortir de la situation dans laquelle il a évolué durant ces dernières années et le soutenir pour qu’il investisse dans la satisfaction de la demande nationale et éventuellement à s’attaquer à l’exportation (la théorie économique appelle ce processus import substitution). Ces incitations sont multiples et diverses et englobent la décentralisation, la débureaucratisation, le libre exercice de l’acte d’entreprendre, dans le cadre de la loi et de la réglementation en vigueur (après leur toilettage) et la lutte contre la corruption d’où qu’elle vienne. Le plus dur, à n’en pas douter, c’est le changement de mentalité qui est profondément ancré dans la habitudes prises durant les 20 dernières années.

Il est impératif qu’un organisme mezzo soit dédié à cette stratégie, de manière à procéder au contrôle et au suivi de la démarche globale afin soit de consolider les mesures productives et efficaces et de corriger voire de reconsidérer ce qui ne donne pas de résultats. Il ne s’agit pas de créer une autre bureaucratie (ministère, secrétariat d’état…) ce qui nous ferait faire un “grand bond en arrière” de 40 ans ! Il s’agit de construire un outil technique (une sorte de Commissariat) de contrôle, de suivi et d’alerte, qui permettra au pouvoir exécutif de prendre les décisions adéquates et de “noircir la matrice de Leontief ” pour gagner en intersectorialité, en synergie et en aménagement du territoire (pour identifier les “poches de pauvreté” et faire rattraper les régions enclavées ou “oubliées” (programmes spéciaux).

La variable “jeunesse” doit faire l’objet d’une priorité absolue afin d’insérer au maximum ces ressources humaines (produits des lycées et des universités), non pas par la distribution de rentes multiples et variées ( tous les dispositifs d’emploi des jeunes ont échoué) mais par la valorisation des projets d’investissements productifs, rentables et utiles, à chacun des environnements sur la base de la PME/ PMI. Des arbitrages courageux doivent être trouvés entre les différents secteurs (industries, mines, agricultures, services, ingénierie…) afin de toujours rechercher les équilibres, de juguler la pression sur les importations et rendre visible la notion de dépendance vis-à-vis des hydrocarbures, dont on parle depuis les années 70 !

La couverture financière de ce programme doit se libérer des théories classiques qui n’ont d’utilité que dans une situation économique “normale”, dès lors que l’économie mondiale se trouve dans une situation de crise majeure de récession généralisée, il faut prendre des mesures exceptionnelles, en assumant le déficit budgétaire abyssale qui risque d’arriver et l’inscrire dans un échéancier de remboursement de vingt à trente ans. Aucun interdit dogmatique ne doit nous fermer la porte au financement conventionnel ou à l’endettement extérieur sélectif, dans la mesure où ces deux instruments sont strictement orientés sur la relance économique et l’investissement productif.

Dr Mourad GOUMIRI, Professeur associé.