Un consensus commence à s’imposer en Algérie : la chute des prix du pétrole serait conjoncturelle, et un rebond aura lieu dès l’année en cours. Pari dangereux, certes, mais argumenté.

 

Le gouvernement algérien parie sur un rebond des prix du pétrole au courant de l’année 2015. Son attente s’appuie sur les estimations du ministère de l’énergie, de la compagnie Sonatrach, ainsi que sur le discours développé par des analystes algériens plus ou moins indépendants, eux-mêmes rassurés par les analyses des grands instituts internationaux.

Mohamed Yacine Ferfara, directeur général du CREAD (centre de recherches en économique appliquée), estime que la reprise des cours du pétrole devrait intervenir durant le second semestre 2015. Le rebond devrait même avoir lieu « plutôt à court terme », selon lui. « Si les prix ne remontent pas dans un délai raisonnable, l’économie mondiale court un risque », a-t-il dans une intervention à la radio. « Je ne pense pas que la chute va se poursuivre. Ce qui se passe relève du conjoncturel et du structurel, mais le conjoncturel domine », ajoute-t-il, prévoyant que « les prix vont rebondir à court terme ».

Selon lui, au niveau actuel des prix, « tous les investissements dans les hydrocarbures non conventionnels deviennent non rentables ». Cela signifie qu’«aucune compagnie de schiste ne peut résister longtemps ». Actuellement, rappelle-t-il, « l’offre est tirée par le non conventionnel, plus coûteux ».

La baisse n’est pas irréversible

Il en tire deux conclusions. La conjoncture actuelle « n’est pas irréversible », et « si les prix sont à court et moyen termes déprimés, le retour vers le pétrole de l’OPEP à long terme » est inévitable. De plus, sur le long terme, la tendance est à la rareté, malgré les évolutions conjoncturelles, car les réserves baissent. « Pour un baril découvert, le monde en consomme six », rappelle-t-il, malgré des investissements multipliés par trois entre 2005 et 2012. « Structurellement, on ne voit pas comment les prix peuvent encore chuter, ils ne peuvent que remonter ». Il reconnaît qu’une baisse est encore possible « dans le cadre de la guerre des prix », mais « c’est conjoncturel », dit-il.

Mourad Preure, expert pétrolier réputé, estime aussi que « l’intox joue beaucoup » dans l’évolution actuelle », et que « l’euphorie de l’abondance n’est pas justifiée ». Il remet également en cause l’idée selon laquelle « on a découvert du pétrole en quantité», ou « que le niveau des découvertes explose ». Pour lui, « c’est faux ». La planète a déjà consommé la moitié du pétrole disponible, la partie la plus facile à extraire du pétrole existant. « A terme, il faudra trouver 20 millions de barils par jour, deux Arabie Saoudite ». Le résultat est inévitable. Le retour au pétrole OPEP est « indiscutable » à long terme. En outre, ajoute-t-il, « les coûts d’extraction devraient augmenter de 20 à 25% malgré l’amélioration des techniques ».

Guerre des prix et marché

Un ancien cadre de Sonatrach travaillant en Hollande pour une grande compagnie du Proche-Orient estime, de son côté, que les compagnies américaines qui exploitent le schiste ont un peu de marge, « probablement une année à dix-huit mois, car les investissements ont été déjà financés ». Mais ensuite, « elles vont exercer les pressions nécessaires pour que les prix remontent », dit-il.

L’agence Reuters avait estimé, dans une enquête publiée le 22 décembre après un sondage auprès d’une trentaine de spécialistes et de compagnies, que le pétrole remonterait au-dessus de 70 dollars en 2015, et au-dessus de 80 dollars en 2016. Ces prévisions se basent cependant sur les données du marché, mais elles occultent le volet politique. Or, la chute des prix actuelle est d’abord le résultat d’une décision politique, celle de l’Arabie Saoudite de lancer une guerre des prix, pour différentes raisons : s’imposer comme patron du marché de l’énergie, se présenter en position de force dans les luttes régionales, notamment face à l’Iran, disqualifier le pétrole non conventionnel qui a considérablement érodé son poids sur le marché. « Il y a un peu de tout cela », a déclaré à Maghreb Emergent un diplomate algérien qui a été en poste à Ryadh.