« La voie du développement économique suppose un changement de paradigme : une révolution culturelle doit précéder la révolution matérielle ».

Le directeur de l’Ecole nationale supérieure de sciences politiques, Mustapha Saïdj, a déclaré, à l’occasion de la signature d’une convention de partenariat entre l’établissement qu’il dirige et l’Université de Shanghai, que « l’Algérie peut rejoindre d’ici 2030 le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), grâce à la réalisation des projets phares engagés par le gouvernement afin de faire de l’Algérie une puissance économique dans la région méditerranée ».

Il a même indiqué que ce groupe devrait alors s’appeler « BRICSA » au lieu de BRICS. Et comme unique élément pour illustrer son optimisme, M. Saidj s’est contenté de citer le projet de port international de Cherchell. Or, au moment où se tient ce discours qui tend à placer l’Algérie au même pied d’égalité que le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, tous les chiffres expriment une catastrophe à venir que ni l’opposition, ni le Gouvernement ne contestent à cause, d’une part, de la dégringolade des prix du pétrole et, d’autre part, de la superficialité des réformes économiques engagées par le Gouvernement qui, plus de quatre ans après leur mise en branle, tardent toujours à donner des fruits.

Belkacem Boukherouf, économiste, estime qu’il est quasiment impossible que l’Algérie  intègre les BRICS dans la situation actuelle de son économie. « En l’état actuel des réformes, on ne peut pas penser que cela puisse arriver. Rejoindre les BRICS n’est envisageable ni à court ni à moyen termes. Il faut une dynamique entrepreneuriale dense et de qualité qui engage un secteur privé fort, soutenu par une administration crédible et compétente. Or, cette dynamique n’existe pas et les conditions de son émergence non plus », affirme-t-il en soulignant que « cela dépend aussi bien de la volonté politique nécessaire à enclencher un processus de réforme que de la profondeur des réformes à engager ».

« L’infrastructure, c’est bien mais insuffisant »

Commentant l’argument du développement des infrastructures avancé par Mustapha Saidj, M. Boukherouf a expliqué que « l’infrastructure est certes importante dans l’ossature d’une économie mais elle ne suffit nullement à la construction d’une quelconque compétitivité d’une nation ». « La voie du développement économique suppose un changement de paradigme : une révolution culturelle doit précéder la révolution matérielle. On peut réussir le pari d’un renouveau infrastructurel mais si cela n’est pas accompagné d’une superstructure fiable, les résultats ne peuvent être que mitigés. Les BRICS ont tous l’investissement dans l’immatériel comme dénominateur commun: la technologie, la connaissance et la ressource humaine. C’est cela le viatique du succès, » assure-t-il.

De plus, ajoute-t-il, « rejoindre les BRICS (est possible) mais à condition que le slogan laisse place à l’action. Le choix politique d’y adhérer se consolide à travers des choix courageux, des réformes profondes et des orientations pragmatiques qui associent toutes les parties agissantes du pays: société civile, décideurs politiques, créateurs de richesses et communauté scientifique doivent être en mesure de définir un projet de développement économique harmonieux et durable ».