De Bruxelles Ihsane El Kadi

La politique de voisinage de l’UE espère compter l’Algérie post-Bouteflika parmi les pays qui voudront densifier leur relation avec l’Europe communautaire.

Si l’Algérie post révolutionnaire « change son approche sur son partenariat avec l’Union Européenne », cela devrait avoir des conséquences en cascade « notamment dans l’intensité de ce partenariat », a laissé entendre, le directeur de la politique du voisinage à la direction générale de la direction de négociations de voisinage et de l’élargissement, l’allemand Mickael Köhler.

Le sémillant et polyglotte responsable du voisinage dans la commission européenne rencontrait à Bruxelles, des médias de la rive sud Méditerranée – dont Maghreb Emergent et le Huffington Post Algérie, en marge du forum EuMed4business. Il a illustré son propos en comparant les flux des subventions et des crédits concessionnels de l’Union Européenne en direction de l’Algérie ces dernières années : « ils sont de 40 millions d’euros par an pour la partie subvention pour l’Algérie, et de 300 millions d’euros par an pour la Tunisie dont la population est environ le quart de celle de l’Algérie », a-t-il relevé alors que les deux pays sont liés par le même accord d’association avec l’Union Européenne.

Michael Köhler  a affirmé que les flux d’échange pourrait augmenter très fortement si l’Algérie venait à redéfinir sa positon sur le partenariat avec l’UE. Il a classé les pays du voisinage européen en quatre catégories, plaçant l’Algérie dans la catégorie des pays qui ne souhaitent pas trop se rapprocher de l’UE comme, par exemple, le Maroc et la Tunisie et qui disent « Oui nous voulons un partenariat avec vous mais pas dans tous les secteurs. collaborons juste dans quelques secteurs précis, comme par exemple l’énergie, ou la sécurité ».

Michael Köhler a rappelé que l’Algérie n’est toujours pas, en 2019, membre de l’OMC,  qu’elle maintient la restriction des 49% pour les investisseurs étrangers, et qu’elle n’a pas exprimé une plus forte intégration à  l’économie de la région. Il  affirmé que cette position qui est aussi celle de quelques autres pays du voisinage est de l’UE est respectable. Il a  insinué toutefois que ce sont les pays du voisinage qui se sont rapprochés le plus de l’acquis communautaire afin d’intégrer ou de se rapprocher plus de l’UE qui ont connu les plus fortes croissances depuis deux décades.  Dans le cas de l’Algérie, il a évoqué le très grand potentiel du pays et la possibilité, en cas d’inflexion possible de la position d’Alger vis-à-vis du rapprochement avec l’UE, de construire un très fort partenariat qui changerait les flux financiers entre les deux parties.

Impressionné et confiant

Mickael Köhler s’est dit « très impressionné » par la révolution pacifique des Algériens, parce que c’est une révolution civilisée ». Il s’est dit « confiant » en l’avenir de l’Algérie « le pays va bien sûr rencontrer des difficultés propres aux transitions comme en Tunisie ou en Pologne, mais je sais que les Algériens pourront faire,  à la fin, un meilleur usage du grand potentiel de leur pays ».

Il a été ensuite interpellé sur le bilan de la politique du voisinage européen qui a accompagné les révolutions arabes de 2011,  et comment serait-t-elle déclinée dans le cas de la transition algérienne. Il a d’abord admis que l’UE a commis des erreurs en collaborant de manière unilatérale avec les régimes autocratique en place et en n’observant pas suffisamment les demandes sociales et civiques dans les pays du sud. Il en a profité pour rappeler une des conditions « non discutable » des partenariats avec l’UE « nous ne travaillons nulle part seulement avec les gouvernements. Nous travaillons aussi avec les sociétés civiles. Et cela inclut le sens large de la société civile. Cela va des syndicats, aux organisations humanitaires. Tout ce qui n’est pas gouvernemental. Et cela comprend aussi le patronat, comme l’UTICA, dans le cas de la Tunisie ».

Le directeur de la politique du voisinage de l’UE a ajouté: « nous ne renoncerons jamais à critiquer les gouvernements qui ne respectent pas les libertés individuelles. Nous le faisons avec nos meilleurs partenaires comme les Etats Unis par exemple sur la question de la peine de mort ».   Dans le cas précis de l’Algérie, Michael Köhler a admis qu’il existait des difficultés à implémenter les projets décidés en commun avec le gouvernement algérien. Il a cité l’enjeu de la diversification économique et le fait que les projets de réforme qui lui sont attachés ont été longs à mettre en œuvre. De  même pour les projets dans l’énergie renouvelable ou encore l’économie digitale.