Soukaina Bouraoui
Dr. Soukaina Bouraoui, directrice exécutive du Centre de la Femme Arabe pour la Formation et la Recherche (CAWTAR). Entretien réalisé en marge du lancement du projet EBSOMED le 28 juin dernier en Tunisie. C’est un projet d’une durée de 4 ans (2018-2022), il est financé à hauteur de 80% par l’Union européenne (UE), et dirigé par BUSINESSMED. Son budget et de 6,25 millions d’euros. Dix pays sont bénéficiaires, dont l’Algérie, la Libye, le Maroc, et la Tunisie.

Qui est Soukaina Bouraoui ?

Je suis une femme tunisienne battante, j’ai fait beaucoup de choses dans ma vie, notamment à l’université. J’ai eu un diplôme en droit pour être ensuite professeur dans le même domaine. J’ai moi-même lancé le Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (CREDIF). C’est un centre de recherches spécialisé dans la condition de la femme en Tunisie. En 1999, j’ai rejoint CAWTAR en tant que directrice exécutive jusqu’à aujourd’hui.

Pouvez-vous nous donner un aperçu sur le réseau CAWTAR ?

CAWTAR est une organisation non gouvernementale (ONG) basée en Tunisie, à Tunis plus exactement. C’est une ONG absolument indépendante de tous les gouvernements, qui n’a pas de parti pris politique ni d’idéologie particulier, sauf celui de l’égalité des hommes et des femmes.

Pouvons-nous dire que c’est un réseau féministe?

Non, on ne peut pas dire que nous somme un réseau féministe. Nous sommes une organisation pour la promotion des femmes. On peut être féministe ou pas dans CAWTAR, mais ce n’est pas CAWTAR qui est féministe ou pas. Je dis ça car nous travaillons dans différents pays. Il existe des pays qui sont féministes et il existe des pays qui ne le sont pas, mais qui travaillent pour les femmes. Et puis, il y a des pays qui ne sont pas féministes et qui ne sont pas pour les femmes. Nous essayons dans ce cas de les féminiser. Enfin, nous sommes une organisation qui travaille pour les droits des femmes.

Votre organisation est financée par qui ?

CAWTAR est financé par plusieurs parties, dont  les Nations Unies, le Gouvernement tunisien, le programme du golfe arabe pour le développement (AGFUND) et d’autres…

Quelle est la nature de votre relation avec le projet EBSOMED ?

Nous somme un des six partenaires du projet. Nous allons essayer d’apporter notre savoir-faire en matière de promotion des droits des femmes. On fera en sorte que la question des femmes ne soit pas oubliée dans les autres programmes, notamment les programmes liés à l’entrepreneuriat. EBSOMED n’est pas le premier projet avec lequel nous travaillons.

Que serait le rôle du réseau CAWTAR dans le programme EBSOMED ?

Nous organiserons des académies de formation et des roadshows d’affaires. À cet effet et quand nous allons planifier les académies par exemple, nous donnerons des formations à des staffs d’entrepreneurs, et des établissements de soutien. Nous allons faire en sorte qu’il y’ait des femmes parmi ces staffs. Nous allons nous assurer que les staffs femmes bénéficient de ces académies. Et que les lauréates femmes puissent bénéficier des échanges sud-sud et nord-sud. Car très souvent quand il y a des échanges du genre, des bourses ou bien des opportunités, c’est les hommes qui y vont et pas les femmes, nous allons travailler à ce que ça soit des femmes aussi. Ce qui est bien dans ce programme, c’est que chacun sait ce qu’il va faire .Notre rôle a été très bien défini le jour du lancement.

Quelles est la valeur ajoutée par EBSOMED à votre travail ?

Dans le cadre d’EBSOMED, nous avons des partenaires spécialistes dans des domaines que nous ne maîtrisons pas au niveau de CAWTAR. Si nous enseignons par exemple sur les droits des femmes, on ne sait pas quelles sont les règles de l’investissement privé. Un partenaire qui est dans l’investissement peut nous aider dans ce volet. Autrement dit, on se complète.

Pensez-vous qu’un budget de 6,25 millions d’euros est intéressant comme financement pour dix pays ?

Toutes les sommes d’argent même les plus modestes peuvent servir à quelque chose. Car si nous faisons du bien à 200 femmes, c’est quand même 200 familles. Multiplié par plusieurs pays, ça ne peut être que intéressant. Même si la somme n’est pas chère, son utilité y est.

Parlez-nous des obstacles que rencontrent les femmes dans le monde de l’entreprenariat …

Le principal problème de la femme, c’est qu’on n’a pas confiance en elle. On ne lui fait pas assez confiance à l’extérieur et elle travaille beaucoup chez elle à l’intérieur. Elle a une double journée. La source des problèmes de la femme est culturelle, en plus des problèmes de lois et d’encadrement institutionnel.

Es ce que CAWTAR active en Algérie, et quels sont ses projets là-bas ?

Oui nous somme présent en Algérie, et nous avons un très bon projet là-bas. Un projet qu’on vient juste de démarrer et qui s’appelle « genre et commerce international ».C’est un projet de formation, Il est dédié aux chambres de commerce et les personnes qui s’intéressent au commerce Algérien.

Comment ces parties travaillent par rapport aux conventions internationales concernant le commerce?

Nous allons voir si les femmes dans les établissements qui s’occupent des questions de femmes connaissent ces conventions ou pas. Il y a des conventions intéressantes signées par leurs pays mais les femmes de ces pays, y compris les femmes qui occupent des postes de responsabilités, ne connaissent pas du tout la chose. Pour cela, nous essayerons de vulgariser tous les instruments qui sont en relation avec le commerce en Algérie. Le projet est financé par la Suède et géré par notre réseau CAWTAR . Ça avance très bien en Algérie et dans 6 autres pays arabes.

Quelle est la situation de l’entreprenariat féminin en Algérie ?

Il y a des femmes entrepreneurs extraordinaires en Algérie, mais les pourcentages sont trop faibles. Le taux d’entreprenariat féminin dans le monde arabe est de 5%. C’est une moyenne trop faible. Es ce que l’entreprenariat avance bien en Algérie ou pas ? Ce n’est pas important. Le plus important, c’est qu’on y est. Nous n’avons pas le choix, La fonction publique ne veut plus des femmes, dans l’avenir, ça va être l’entreprenariat. Les femmes auront leur propre travail, ou bien elles seront salariées chez un autre entrepreneur .