Afrique verte
Les questions qui fâchent les acteurs internationaux et locaux seront-elles abordées à Oran ?

 Afrique verte

Les pays africains parleront économie verte à Oran. Une simple réunion technique comme il y en eu tant ou une opportunité d’engager une véritable réflexion sur une stratégie qui promeut l’économie verte ?

La capitale de l’Ouest du pays abritera une Conférence africaine, consacrée à l’économie verte, les 22 et 23 février courant. Placé sous le haut patronage du président de la république, ce événement continental auquel a appelé le premier ministre, Abdelmalek Sellal, lors de la visite en Algériedu président de l’ONG internationale R20, Arnold Schwarzenegger,  le 25 juin 2013, se veut ambitieux. Il propose, d’« encourager la discussion entre décideurs africains, représentants des agences internationales, experts et société civile en vue d’identifier les axes de coopération internationale et régionale .., évaluer les besoins du continent en termes d’apports financiers, technologiques et de formation de la ressource humaine », lit-on dans la note préparatoire du rendez-vous. Il s’agira aussi selon les cadres du ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement (MATE) d’« unifier les positions des pays du continent sur les grands enjeux environnementaux à l’échelle mondiale afin de mieux peser dans les négociations internationales, en particulier sur le climat dans la perspective de la conférence de Paris prévue en 2015 (CoP21).

Oran accueillera près de 40 ministres africains chargés de l’Environnement – 38 ont déjà confirmé leur présence selon nos informations-, un haut responsable de l’Union Africaine, le président du R20, Arnold Schwarzenegger, le directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), Achim Steiner ainsi que des associations africaines de la société civile. L’Afrique représente 15% de la population mondiale avec un PIB qui avoisine les 2,6%, à peine l’équivalent du produit intérieur du Canada. Le PIB par habitant tourne autour de 1600 dollars pendant que la moyenne mondiale, sans l’Afrique, se situe autour de 11 000 dollars. Le continent consomme 3% de l’électricité produite dans le monde et 0 ,65% des dépenses de recherche et développement. Par contre 30% des minerais, 40% d’or, quelques 60% de cuivre et 90% de platine sont produits par son sous-sol mais, jusque-là, la commercialisation de ces richesses n’a pas l’incidence attendue pour sortir les populations du sous-développement voire du dénuement. Aussi, la conférence ministérielle se penchera, selon toujours les organisateurs, sur « les questions liées, principalement, aux énergies nouvelles, l’efficacité énergétique, à la gestion des déchets, à la préservation du littoral, les changements climatiques et leurs impacts sur le développement ».

Lobbying des multinationales pour le gaz de schiste

En matière d’énergie, l’Afrique souffre du manque d’accès à des services énergétiques modernes et durables. Plus lucratif pour les multinationales le « pompage » des matières premières et des énergies fossiles saigne la région entière. Présentement, un lobbying effréné des multinationales est entrepris pour des concessions en vue de l’exploitation des gaz de schiste. Au point où la Banque de développement africaine (BAD) qu’on ne peut pas soupçonner d’être une antenne écologiste écrit, dans un récent rapport, que « l’exploitation et la production de gaz de schiste peuvent poser d’énormes défis environnementaux [pour l’Afrique]. Entre autres, figurent notamment les importants volumes d’eau nécessaires à l’extraction, la contamination de l’eau, l’intensification de l’activité sismique, le dégazage et le torchage des gaz associés. Les  États et opinion publique doivent réfléchir à la meilleure façon de procéder avant de s’engager. » L’absence d’investissements significatifs dans le solaire alors que le continent est le premier gisement solaire au monde est révélateur des objectifs du capital financiers mondial.

Les sujets qui fâchent

La conférence ira-t-elle jusqu’à faire figurer dans ses recommandations une stratégie qui promeut une économie verte et faire valoir le droit au développement ? En tout cas sur cette question des huiles de schiste l’Algérie semble ignorer les mises en gardes : des appels d’offres ont déjà été lancés. Pour les spécialistes, cette conférence ne doit pas passer sous silence les enjeux majeurs. Le paradigme de l’économie verte repose avant tout sur la réduction significative des risques environnementaux et des pénuries écologiques (biodiversité….) et une meilleure équité sociale. Si la rencontre ne se penchera pas sur les questions qui peuvent fâcher des acteurs internationaux ou politiques locaux, le rendez-vous risque de n’être qu’une rencontre technique de plus.

Ces sujets qui fâchent sont nombreux. Comme l’accès limité à l’énergie qui constitue l’un des plus grands défis pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en Afrique ; ou la question de l’eau et, plus encore la probable disparition des terres arables dans une dizaine d’années dans le sahel à cause du réchauffement climatique. Pour ces mêmes experts la spécificité du continent est dans le fait qu’il n’est pas obligé de répéter les schémas classiques pollueurs et qu’il peut promouvoir une énergie propre pour son développement sans une transition par le tout fossile.Pour le reste, des dizaines de forums ont été déjà organisés autour de la problématique d’aide à l’Afrique avec les résultats que l’on sait ; selon une étude de la BAD et de l’ONG américaine Global Financial Integrity publiée en mai 2013,  « si l’on tient compte de l’ensemble des flux financiers entre le continent et le reste du monde – licites et illicites -, l’Afrique a été créditrice sur la période 1980-2009 de l’ordre de 597 millions à 1 400 milliards ».