Architecte enseignant à l’Université Tahri Mohammed à Béchar, depuis 1988, Tarek BENMOHAMED a été consultant dans diverses agences d’architecture et d’entreprises de bâtiment. Il milite pour une convergence des savoirs académiques et experts, entre autres…L’enjeu étant le développement de la qualité architecturale en Algérie.


« Conscient du cloisonnement entre l’enseignement et la pratique, l’attitude dirigiste et volontariste des uns et des autres ne laissait pas place à une action concertée, loin s’en faut ! On s’opposait plus sur des détails corporatistes que sur le devenir en commun : l’adéquation formation emploi, par exemple. Cela dit, des expériences ponctuelles ont été menées dans un cadre coopératif entre l’université et son environnement socioéconomique et ont connu des succès éphémères le temps d’un mouvement de responsables…Fragiles, elles auront quand même permis de croire que l’alternative est possible et de mesurer aussi le retour de manivelle des partisans de l’action volontariste. » Relève Tarek BENMOHAMED dans un préambule. 

Maghrebemergent : -Pouvez vous nous rappeler le thème de votre intervention au dernier congrès du SYNaa (Syndicat des architectes agrées algériens) ? 
Tarek BENMOHAMED :- J’ai eu à intervenir à ce rendez en mettant en avant le thème : Quand les savoirs académiques et experts convergent. Le choix de ce sujet m’a été dicté par les problèmes qui existent souvent entre l’université et son environnement. On aimerait travailler ensemble mais les logiques, sommes toutes relatives, et qui cloisonnent chaque secteur font que les opportunités de coopération durent rarement dans le temps. L’on recense un certain nombre d’opérations sur une trentaine d’années entre l’université et son environnement, c’est-à-dire entre deux parties. Si cette coopération a donné de bon résultats au début, ceux-ci n’ont pas donné tout leur potentiel vu les forces d’inertie et le cloisonnement qui persistent. La nouveauté cette année est que le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a mis au point un programme pour gére cette dichotomie. 

Vous évoquez donc une rupture de dialogue entre les parties intervenantes ?
Non le dialogue est là. L’opportunité de travailler ensemble pose néanmoins problème.

La chaîne est donc rompue ?

Oui. Les logiques sont différentes et chaque secteur a son propre mode de fonctionnement. Les opportunités de convergence demeurent minimes.

A quoi sont dus ces blocages ?

Nous sommes là face à un problème de gouvernance. Ce n’est que maintenant que les pouvoirs publics daignent inviter l’université à se pencher sur son environnement d’une manière opérationnelle. Désormais la recherche c’est l’environnement, avec en ligne de mire le développement local, ce ci contraste avec les pratiques du passé, lesquelles confinaient l’université dans la sphère académique et la réduisaient à livrer un avis sur un phénomène…

Si ce cloisonnement venait à perdurer dans le temps, ses retombées pourraient elles être négatives ? 

Je ne pourrais vous répondre au risque d’émettre un jugement de valeur, toutefois je puis affirmer que l’université est un levier des plus intéressants. Son apport est, certes, académique mais il doit surtout l’être de manière opérationnelle. Avoir un avis sur des phénomènes d’ordre social et économique ne suffit plus il faut passer à l’action.

Vous citez des groupes de pressions ? 
J’ai cité ces groupes de pression à titre d’exemple et pour mieux illustrer mon propos en donnant une image. Souvent il y a des intérêts en jeu. Par exemple si vous voulez travailler avec des matériaux locaux c’est bien beau et personne n’est contre leur utilisation, toutefois si vous vous hasardez à piétiner sur les plates bandes des autres ou ce que je désigne comme groupes de pressions, à l’instar de celui du parpaing… Vous pouvez forcément vous attendre à des réactions négatives. Car ce que vous percevez comme relevant de la prospection du possible, d’autres le perçoivent de l’angle du conflit. Il y a alors forcément un antagonisme d’objectif. 

Le thème du congrès a été « L’architecte, un métier à conforter » est ce que la profession d’architecte est aujourd’hui fragilisée, notamment par le contexte économique actuel ?

La profession est fragilisée mais pas nécessairement du fait de la crise économique. C’est surtout l’organisation du métier qui est décriée. L’architecte est soumis à des réglementations, à des attributions…Toutefois il y a un décalage entre l’éthique et les pratiques, ce ci est parfaitement illustré par la triangulation maître d’ouvrage- maitre d’œuvre- entreprise ; c’est ce schéma qui garantit la construction mais quand l’on fait une réduction de l’architecture et quand l’on passe directement du maitre d’œuvre à la réalisation et étude, forcément ça pose problème ! L’architecte fait alors office de faire valoir est n’est plus maitre d’œuvre. Ça se joue sur ce type de nuances. Ce congrès traduit surtout les ambitions actuelles des architectes qui aspirent à une qualité et à une politique architecturale. Observez nos paysages urbains, souvent l’on ne s’identifie pas à ce qui est produit. Pourquoi ? La question doit être posée. Le Synaa milite ainsi et œuvre pour lancer le débat et trouver des alternatives sérieuses tout en mettant en avant le métier d’architecte dont le rôle est majeur dans la production architecturale nationale.

Qu’en est-il de la capitalisation des expériences dans le domaine ?
Capitaliser les expériences demeure une bonne chose. En fait c’est parce qu’il n’ya pas eu de capitalisation des efforts et des réflexions que nous nous trouvons aujourd’hui dans pareille situation kafkaïenne.

Vous restez optimiste ?
Il faut être optimiste car ce n’est pas irréversible. Ill suffit juste de poser les bonnes questions et de se mettre autour d’une table. Nous n’avons pas de pays de rechange. Je rappelle d’ailleurs qu’aujourd’hui, il y aurait une volonté politique qui encouragerait le partenariat Université et son environnement, afin de trouver des opportunités de travailler ensemble sur des questions d’intérêts communs ayant un impact sur le développement local, il s’agit des programmes de Madinati et de Mouassassati. Une possibilité pour renforcer les liens entre la profession et l’enseignement de l’architecture pour une meilleure adéquation formation emploi, à même de permettre à tous les intervenants d’agir et de réagir face aux mouvements de notre société.