Depuis le mise en détention provisoire du journaliste Khaled Drareni et ses deux co-accusés Samir Belarbi et Slimane Hamitouche, en mars dernier, plusieurs parties, médiatiques et exécutives se sont mise à « s’ingérer dans le dossier des accusés en cours d’instruction », a déclaré l’avocat de la défense Abdelghani badi, lors de la conférence de presse du comité de soutien du journaliste condamné à trois années de prison ferme, Khaled Drareni, et sa défense, tenue mercredi au siège de l’association SOS-Disparus à Alger.

En faisant le récit en trois temps d’un procès « scandaleux », l’avocat Abdelghani Badi a expliqué comment le président de la République Abdelmadjid Tebboune, le ministre de la communication et porte-parole du Gouvernement, Ammar Belhimer et la télévision publique ENTV ont agi selon une logique, qui a compliqué le déroulement du jugement de Khaled Drareni.

Le 17 avril 2020, l’ENTV a diffusé un reportage dans lequel deux magistrats ont démenti toute poursuite contre des journalistes dans l’exercice de leur profession. « Il n’y a pas de cas de journalistes emprisonnés pour avoir accompli leur travail ou pour des faits pouvant être qualifiés de délits de presse », avait tranché le procureur de la République près le tribunal de Chéraga.

Le procureur général adjoint près la cour d’Alger, quant à lui avait assuré qu’il « n’y a pas de journaliste en prison pour un travail journalistique ou pour avoir exprimé une opinion ».

Abdelghani Badi a jugé que le reportage réalisé par l’ENTV s’inscrit dans le cadre « l’instrumentalisation du service public » et rappelle que « l’article 147 interdit les pressions sur le travail de la justice tant que l’affaire n’est pas irrévocablement jugée ». Ce sont des actes qui pourront faire pression sur les décisions des magistrats ».

L’avocat de Khaled Drareni a rappelé ensuite au directeur de la télévision publique, Ahmed Bensebane, dans une correspondance que « L’objectivité, la neutralité, le professionnalisme et la crédibilité sont des critères pour juger un travail journalistique honnête ». Pourtant, la télévision publique n’a pas permis un droit de réponse aux avocats de la défense pour éclairer l’opinion publique ».

Dans un communiqué rendu public par l’APS le 24 avril 2020, c’était au tour du ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer d’accuser les journalistes en détention d’ « activistes et des professionnels de la subversion », sans citer de noms (A noter que le dossier de Khaled Drareni était en instruction alors qu’il était en détention à l’instar de Sofiane Merakchi)

L’avocat Abdelghani Badi rappelle également les propos du ministre, selon lui en référence à Khaled Drareni , qui disait : « ce sont ces mêmes journalistes, sous protection permanente de puissances étrangères, que RSF défend inlassablement, certains étant des correspondants attitrés”, 

Enfin, le dernier à avoir « interférer » dans le dossier en instruction de Khaled Drareni, c’était le président de la République, Abdelamdjid Tebboune, lors d’une de ses rencontres avec la presse nationale, le 1er mai dernier, et qui avait accusé Khaled Drareni, sans le citer de « Khbardji (informateur), pour le compte des ambassades étrangères».

Cette déclaration du chef de l’Etat est considérée comme « une nouvelle accusation au journaliste » qui, d’ailleurs, qu’existe pas dans le dossier du journaliste fondateur de Casbah-Tribune.

Abdelghani Badi a aussi rappelé que « le collectif de défense dans le dossier Drareni, Belarbi et Hamitouche, s’était encore une fois adressé au président de la République, en précisant que ces déclarations étaient illégales (selon l’article 147 du code pénal) et que ces propos pourront être considérés comme une ingérence dans des affaires judiciaires en cours d’instruction ».

Selon Abdelghani Badi, le collectif de défense du journaliste Khaled Drareni croit que « si ces ingérences de l’exécutif et de la télévision publique dans un dossier en cours d’instruction, n’avaient pas eu lieu, le verdict dans l’affaire de Khaled Drareni, Samir Belarbi et Slimane Hamitouche aurait été différent et que khaled Drareni serait libre à l’heure qu’il est ».

Enfin, Abdelaghani Badi a déclaré que « Khaled Drareni a encouru la plus lourde peine d’emprisonnement connue dans les affaires des détenus du Hirak ».