La Sonatrach, véritable poumon économique de l’Algérie, est en cette période, mis sous la loupe des plus hautes autorités du pays. Le 12 juillet dernier, lors de la réunion périodique du Conseil des ministres, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a donné instruction pour qu’un audit “profond” soit engagé au niveau du Groupe public.

Le chef de l’Etat a exigé, non seulement de “dégraisser” au niveau des postes de responsabilité mais aussi de moderniser la gestion du groupe et entamer le passage vers « une comptabilité analytique saine ».

Dans ce même registre, le ministre de l’Énergie, Abdelmadjid Attar, a indiqué dans une intervention à la radio nationale, qu’un « audit comptable approfondi sera lancé au niveau de la Sonatrach dans un proche avenir ». Attar a expliqué que le processus d’audit vise à réduire la charge de fonctionnement de Sonatrach et à réduire ses coûts d’exploitation et permettra également de réduire le nombre d’emplois inutiles à l’étranger.

Face aux instructions de la présidence, la compagnie nationale des hydrocarbures n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué publié une semaine après le Conseil des ministres, Sonatrach a affirmé qu’elle s’inscrivait « pleinement dans la vision de l’Etat », et qu’elle a décidé de « poursuivre la concrétisation de son « programme stratégique » à travers des projets d’amélioration couvrant, entre autres, la modernisation de la fonction ressources humaines et l’implémentation d’un système d’information ».

Mais, peut on parler de programme stratégique pour Sonatrach en sachant qu’en espace d’une année, pas moins de trois P-DG se sont succédé à la tête de la compagnie d’hydrocarbures ? Une “valse des patrons” symbole d’une instabilité managériale devenue endémique.

En effet, l’actuel P-DG de Sonatrach Toufik Hakkar qui a été nommé à la tête du groupe le 5 février 2020, a dû suppléer Kamel-Eddine Chikhi, qui avait auparavant remplacé Rachid Hachichi, en novembre 2019. Fin avril, Ce dernier avait à son tour pris la place de Abdelmoumene Ould Kaddour, “grand manitou” du groupe entre 2017 et 2019.

Lors de l’installation de Toufik Hakkar par décision du Président Tebboune, l’ancien ministre de l’Energie à l’époque, Mohamed Arkab, a déclaré que ces changements « sont opérés pour apporter une nouvelle méthode de gestion en adéquation avec la stratégie tracée ».

Une stratégie qui, à ce jour, n’a dicté ni son nom ni sa couleur. Mais un rapide “flash back” à l’époque d’Abdelmoumene Ould Kaddour, nous renseigne sur le fameux « Projet SH 2030 », rédigé par le cabinet de conseil américain Boston Consulting Group en 2019.  

Tebboune veut-il relancer la stratégie de Ould Keddour ?

En effet, durant la période Ould Kaddour, Sonatrach avait lancé une nouvelle stratégie à l’horizon 2030 (SH 2030) qui porte sur un changement global de sa stratégie de gestion pour une période de quinze ans.  

L’ex-patron avait affirmé, au cours de cette période, que Sonatrach « veut définitivement changer sa méthode de travail ». Il avait même choisi pour cette stratégie le slogan : ‘Leading the change’ (diriger le changement).

L’ancien P-DG du groupe public disait vouloir « obliger les gens à être ingénieux, à produire et à utiliser leur intelligence au profit de l’entreprise au lieu d’user de pratiques bureaucratiques ou administratives. »

A travers cette stratégie, il envisageait que le groupe pétrolier national puisse consolider sa place parmi les cinq grandes compagnies pétrolières mondiales. Des perspectives, qui donnaient de l’espoir pour un groupe qui a connu, depuis toujours, une gestion politique de son business, tiré par des décisions bureaucratiques.

Mais ces promesses optimisées n’ont jamais pu être tenues en raison des changements qui ont eu lieu en Algérie, suite au déclenchement du Hirak, ayant eu pour conséquence d’imprimer une marque nouvelle sur la gestion de l’entreprise d’hydrocarbures.  

Ce parallèle établi entre la vision Ould Kaddour et celle de Tebboune permettrait elle d’envisager une éventuelle reprise en main de cette l’approche (Sonatrach 2030), en vue de faire de la compagnie nationale des hydrocarbures ce que son ancien P-DG n’a pas eu le temps de faire ? Une entreprise moderne, autonome et anti-bureaucratique.