Lors de la réunion périodique du Conseil des ministres, tenue ce dimanche 12 juillet par visioconférence, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a donné instruction pour qu’un audit “profond” soit engagé au niveau du Groupe Sonatrach.

Selon le communiqué de la Présidence, rendu public à l’issue de ce Conseil des ministres,  le Chef de l’Etat a ordonné cet audit pour une évaluation du patrimoine de Sonatrach, ainsi que la réduction du nombre de ses représentations à l’étranger.

Tebboune a aussi décidé de la diminution des postes de responsabilité qui ne sont pas liés au rendement ou à la rentabilité de l’entreprise. Il veut aussi que le groupe pétrolier national passe d’une gestion « qui date d’une époque révolue vers une comptabilité analytique saine ».

Ces décisions prises par Tebboune en direction d’une entreprise publique, considéré comme le poumon de l’économie nationale, font suite aux derniers événements qu’a connus cette entreprise.  

Une image entachée à l’étranger

En effet, la presse nationale a relayé dernièrement le scandale du fuel frelaté, dont le dossier a été saisi par la justice libanaise, qui a décidé de lancer des poursuites contre Sonatrach et son représentant au Liban.

L’affaire concerne la filiale du groupe Sonatrach à Londres, Sonatrach Petroleum Corporation BVI (SPC-Sonatrach), que le gouvernement libanais accuse de livrer du fuel non conforme aux normes à Electricité du Liban (EDL).

En mai dernier, la députée libanaise, Paula Yacoubian a déclaré au Parlement de son pays que cette affaire de carburant de Sonatrach est un « énorme scandale ». Dans ses propos, la députée n’a pas hésité à évoquer le nom de Farid Bedjaoui et l’ancien ministre algérien de l’Energie, Chakib Khalil, tous deux impliqués dans l’affaire Sonatrach – Saipem.

Par ailleurs, l’affaire de corruption qui relie Sonatrach au groupe italien Eni et sa filiale Saipem, est toujours d’actualité.

Le 19 juin dernier, le tribunal de Milan a fait appel de la décision d’acquittement du groupe énergétique Saipem, du 15 janvier dernier. Dans ce dossier, qui concerne des accusations de pots-de-vin versés pour des contrats obtenus en Algérie, la justice italienne accuse des proches de l’ex ministre de l’Energie, Chakib Khalil ; Farid Nourredine Bedjaoui, et ses deux associés, Samyr Ouraïed et Omar Habour.

Des dépenses réduites qui ne concernent pas le « cadre de travail » des employés ?

Mais la compagnie qui a depuis longtemps profité d’une situation financière confortable, se voit aujourd’hui confronté à une dure réalité, jamais imaginée auparavant.  

Le recul des prix du pétrole et du gaz suite à la crise du Covid-19, a poussé la compagnie nationale des hydrocarbures à procéder à la réduction de 50 % de ses dépenses et à la révision de son plan d’investissement.

En effet, la baisse des prix du pétrole et de la demande au niveau mondial, à cause de la pandémie, a impacté négativement les recettes de Sonatrach. Ce qui a forcé la compagnie pétrolière nationale  a opérer des aménagements au niveau des budgets et couper dans les dépenses.   

Cependant, cette opération d’optimisation des dépenses ne touchera pas « les acquis des travailleurs de la Société nationale des hydrocarbures », selon les récentes déclarations du vice-président de l’Activité Liquéfaction/Séparation de Sonatrach, Nasreddine Fatouhi.

Ce dernier a tenu à préciser que « le cadre de travail, les acquis des travailleurs, les effectifs et les salaires sont maintenus ». Dans cet élan de solidarité, le responsable de Sonatrach affirme que « les résultats de l’année 2019 ont été satisfaisants ». Il admet en revanche, que l’année 2020 « s’annonce déjà très dure ».

Ainsi, malgré la crise qui frappe à la porte du groupe, cette entreprise publique tient à garder le même rythme de fonctionnement et n’envisage aucun plan social. Les recrutements de complaisance ont fait de Sonatrach la deuxième compagnie pétrolière au monde en termes de nombre d’emplois.

Avec ses milliers d’employés et de hauts fonctionnaires, (environ 120 000), et une masse salariale qui dépasse les 140 milliards de dinars, (près d’un milliard de dollars), Sonatrach risque de sombrer dans ses charges.

La décision de tebboune de faire le ménage chez Sonatrach, s’annonce plutôt difficile. Le crédo du « rendement » ou de « la rentabilité », n’est toujours pas d’actualité au sein cette entreprise étatique.

Si le président veut faire évoluer Sonatrach d’une gestion « qui date d’une époque révolue vers une comptabilité analytique saine », il devra, sans doute, songer à s’attaquer au management du groupe. Et cela est, à priori, une question de génération.