Algérie Tiguentourine
L’enquête établi des failles dans les mesures sécuritaires de l’usine (dr.)
Algérie Tiguentourine

 

Les conclusions de l’enquête judiciaire britannique sur l’attaque du complexe gazier algérien de Tiguentourine à In Amenas en janvier 2013 imputent la seule responsabilité dans la mort des sept otages britanniques aux terroristes même si deux d’entre eux ont été tués par les balles de l’armée algérienne au cours de l’opération de la libération des otages.

La même enquête, selon le quotidien britannique The Guardian, établit toutefois des failles dans les mesures sécuritaires de l’usine. Selon le juge Nicholas Hilliards du tribunal londonien de l’Old Bailey, les failles de sécurité sur le site sont antérieures à l’attaque et British Petroleum, responsable du site, avait refusé de les améliorer, en grande partie à cause des coûts que cela aurait entraîné. La même enquête souligne que « les exercices de sûreté étaient rarement tenus, il n’y avait pas de gardes armés protégeant les bases de vie des travailleurs étrangers », et enfin que  » les gendarmes algériens sont arrivés bien après que les terroristes aient pris position du bâtiment principal ». Le juge note également plusieurs dysfonctionnements dans le protocole de sécurité du complexe gazier, notamment le fait qu’un portail d’accès censé être fermé en permanence était en réalité ouvert. Cependant il conclut qu’aucune mesure n’aurait permis « d’éviter l’entrée dans le complexe de terroristes lourdement armés le 16 janvier 2013 », juge-t-il.

Ces conclusions ont suscités la colère des familles des victimes, l’une d’entre elles a même annoncé son intention de poursuivre BP. Au total, 40 personnes -dont six Britanniques et un Colombien résidant au Royaume-Uni, visés par l’enquête à Londres- ont péri lors de cette prise d’otages spectaculaire par un commando islamiste. L’attaque avait pris fin après un assaut des forces spéciales algériennes et le bilan final faisait état de la mort de 29 ravisseurs.

Colère des familles des victimes

Le juge Nicholas Hilliard a conclu son enquête judiciaire en affirmant que les six Britanniques et Carlos Estrada Valencia, le Colombien résidant au Royaume-Uni, avaient tous été « tués illégalement », et que « la responsabilité de la mort de ces otages était imputable aux terroristes ». Il note cependant qu’il « est probable que la balle » qui a tué Stephen Green, l’un de ces sept otages, « a été tirée par les forces algériennes ». Il arrive à la même conclusion pour Carlos Estrada Valencia, décédé « de nombreuses blessures provoquées par une explosion et par de multiples blessures causées par armes à feu ». « Il est probable que les balles aient été tirées par les forces algériennes », conclut-il.

Le père de Stephen Green, David Green et de la famille de Carlos Estrada Valencia, dont l’avocat, Andrew Ritchie a annoncé l’intention de poursuivre en justice le géant pétrolier BP, co-gestionnaire du site avec le groupe norvégien Statoil et la Sonatrach. « Je pense que BP a échoué dans sa mission de sécurité vis-à-vis de mon fils, je pense que le groupe a tiré des hypothèses injustifiées selon les quelles l’armée algérienne et les gendarmes seraient capables de protéger mon fils », a dit David Green aux médias, devant le tribunal.

« Claudia Gaviria (la veuve de Carlos Estrada Valencia) va poursuivre BP au civil, au nom de la loi sur les accidents mortels, afin qu’elle et ses filles puissent obtenir ce que Carlos aurait dépensé pour elles le reste de sa vie », a déclaré l’avocat Andrew Ritchie. BP s’est, de son côté, « félicité de l’achèvement de l’inquest ». Le groupe ajoute, dans un communiqué, avoir procédé avec Statoil et Sonatrach à l’élaboration « d’un programme d’amélioration de la sécurité » sur le site gazier, depuis les attaques, affirmant vouloir « faire tout ce qui est possible pour éviter qu’un tel événement ne se reproduise ».

Statoil, la compagnie norvégienne partenaire de BP et Sonatrach à In Amenas, était parvenu aux mêmes conclusions que l’enquête britannique. Statoil avait annoncé une révision en profondeur des dispositifs de sécurité. BP n’a, cependant, pas réagi aux annonces de poursuites judiciaires possibles de la part de certaines familles des victimes.