La 4G et un bouleversement annoncé du marché tunisien des télécommunications.

Avec l’essor du marché des Smartphones en Afrique du Nord, le potentiel de développement dans le domaine des données est évident. Selon un rapport publié par GSMA, le taux de pénétration des Smartphones, par rapport au nombre total de connexions, a atteint 17 % en 2013. Selon Tunisie Télécom cette part avait atteint 25 % début 2015.

 

 

Le gouvernement a annoncé son plan de déploiement des services 4G à la fin de l’année 2013, l’étape de consultation publique ayant eu lieu en début de cette année. S’adressant aux médias au mois de mai, Hatem Mestiri, directeur technique d’Ooredoo Tunisie – l’un des trois principaux opérateurs du pays – avait annoncé que le gouvernement comptait lancer un appel d’offre en août ou septembre, avec un lancement des services prévu en juin 2016.

Cependant, la disponibilité du spectre pourrait éventuellement impacter le planning du lancement de la 4G. L’organisme de surveillance, l’Instance Nationale des Télécommunications (INT) a publié en avril une liste des bandes de fréquence potentielles 4 G, précisant que les deux meilleures options, à savoir les amplitudes 1800-MHz et 800-MHz, sont actuellement utilisées pour les GSM et les services de télévision analogue. Cette dernière devrait néanmoins être dégagée dans la mesure où le pays est actuellement en cours de migration vers la télévision numérique. La Tunisie s’est vue accorder un délai supplémentaire pour sa migration au delà de la date butoir fixée au 30 juin 2015 par l’Union Internationale des Télécommunications.

 

Echange de données

 

Le lancement de la 4G intervient alors que le secteur des télécommunications rencontre un changement important au niveau de son environnement opérationnel marqué par l’évolution des parts de marchés des trois opérateurs et une pression croissante sur les coûts.

L’opérateur public Tunisie Télécom, Ooredoo Tunisie – connu auparavant sous le nom de Tunisiana et dont le Qatari Ooredoo en est l’actionnaire principal – et l’opérateur français Orange Tunisie se partagent le marché de ce pays d’environ 11 millions d’habitants.

Au cours des dernières années, comme dans la plupart des marchés émergents, le focus est passé des services vocaux vers des services de données à valeur ajoutée suite au lancement de la couverture 3G. Orange Tunisie avait lancé ses services 3G en mai 2010, suivi par Tunisie Télécom et Ooredoo Tunisie avec leurs propres réseaux 3 G, respectivement en 2011 et 2012.

Avec l’essor du marché des Smartphones en Afrique du Nord, le potentiel de développement dans le domaine des données est évident. Selon un rapport publié par GSMA, le taux de pénétration des Smartphones, par rapport au nombre total de connexions, a atteint 17 % en 2013. Selon Tunisie Télécom cette part avait atteint 25 % début 2015.

De cette concurrence exacerbée résulte un environnement concurrentiel dynamique entre les opérateurs. D’après les derniers chiffres de l’INT, la part de marché d’Ooredoo Tunisie sur le marché mobile est passé de 50,5% en mai 2014 à 44,2% une année plus tard. Ce chiffre se compare à une part de marché de 34,5% pour Tunisie Télécom en mai 2015, et 21,3 % pour Orange Tunisie, qui se plaçait à 16 % il y a un an.

L’environnement compétitif dans le secteur a suscité un nouvel intérêt pour les investissements dans les infrastructures ainsi qu’une focalisation sur l’innovation depuis 2010, les opérateurs étant ravis de capitaliser sur le lancement imminent de la 4G.

 

Partage des coûts pour l’infrastructure

 

Afin de gérer la croissance des volumes de données, le développement des infrastructures doit rester une priorité de l’industrie. Cependant, l’investissement dans les infrastructures de télécommunications critiques peut se révéler coûteux, amenant les opérateurs à étudier les initiatives de partage des coûts.

En mai 2013, Orange Tunisie et Ooredoo Tunisie ont signé un accord de partage d’infrastructures pour Didon, un câble de fibre optique sous-marin de 170 kilomètres liant la Tunisie au réseau paneuropéen d’Interoute en Sicile (Italie). Le câble d’une valeur de 8 millions d’euros est opérationnel depuis septembre 2014. Tunisie Télécom avait également lancé une connexion sous-marine avec l’Europe en 2009 grâce au câble Hannibal, d’une longueur de 180 kilomètres.

Néanmoins, le partage d’infrastructures demeure un phénomène assez récent en Tunisie, mais permet de développer l’industrie pour la ramener en phase avec d’autres marchés de télécommunications émergents. “Avant 2010, il n’existait pas de mutualisation des infrastructures entre les opérateurs de télécommunications”, déclare Mohamed Fadhel Kraeim, Directeur Général Adjoint de Tunisie Télécom, à OBG. “(Mais) Depuis 2011 les entreprises tendent à adhérer aux principes du partages d’infrastructures en raison de l’envergure des investissements, de la pression sur les revenus mais également dans le but de préserver l’environnement” dit-il.

La réduction des coûts joue un rôle crucial dans l’optimisation des revenus des utilisateurs. D’après la Banque Mondiale, le quintile de la population tunisienne la plus pauvre devrait dépenser 40 % de ses revenus pour bénéficier d’un accès haut-débit fixe ou mobile. La banque justifie le prix élevé par l’introduction relativement récente des services 3G.

Dans le cas d’un déploiement prudent, les investissements dans les infrastructures critiques et le lancement imminent du réseau 4G devrait briser le cycle des prix élevés et d’une faible utilisation. En plus de créer des opportunités connexes dans les zones de croissance telles que le secteur de l’argent mobile, tous les indispensables vont avoir des effets positifs sur l’économie en général.