Cinq ans après le soulèvement populaire du 14 janvier 2011 – couronné par la chute d’un règne autoritaire d’environ 23 ans – la Tunisie a pu éviter une spirale de violence ayant empoisonné, selon des observateurs, plusieurs régimes arabes, notamment libyen, syrien, égyptien et yéménite. Pourtant, les Tunisiens ne semblent pas être satisfaits quant à la situation générale de leur pays.

« La Tunisie a réussi à parachever, ou presque, son processus de transition malgré une conjoncture régionale tellement délicate que compliquée, notamment une Libye basculée dans une crise similaire à une guerre civile », d’après Chaker Bouajila, ancien attaché de presse de la présidence tunisienne.
En effet, a-t-il poursuivi dans un entretien accordé jeudi à Xinhua, « une nouvelle Constitution consensuelle fut rédigée et approuvée et des élections législatives et présidentielles crédibles organisées sous l’applaudissement de la communauté internationale ».
Cependant, « ce constat n’est autre que l’arbre qui cache le foret », il a affirmé en reprenant l’expression de l’ancien responsable tunisien: l’actuel régime est dépourvu de réelles réformes sur le double plan social et économique (faisant allusion à la disparité régionale et l’absence d’un schéma de développement réalisable)
Selon M. Bouajila, une défaillance a été enregistrée au niveau sécuritaire. « Preuve en est trois attentats terroristes des plus sanglants visant le musée du Bardo et un bus de la Garde présidentielle en pleine capitale et un hôtel de renommée à Sousse (principale province balnéaire des côtes-Est du pays).
Politiquement parlant, a-t-il conclu, « l’échiquier politique tunisien se veut encore, cinq ans après la révolution de 2011, en métamorphose surtout avec la naissance du nouveau parti de l’ancien président Moncef Marzouki outre les scissions au sein de l’actuel parti présidentiel Nidaa Tounes (Appel de Tunisie en arabe).
Mis à part les avancées et les efforts déployés par l’appareil sécuritaire dans les deux dernières années pour combattre l’extrémisme religieux, les difficultés que traverse la Tunisie sont essentiellement d’ordre économique et social et plus précisément la détérioration de la croissance, soit presque 0,5%, estimée pour 2015; le pouvoir d’achat dont la baisse est d’environ 40% auprès de la classe moyenne; et plus de 15% soit environ 1,8 million de Tunisiens en chômage.
Après la révolution, « je pense que l’on est passé d’un mode de vie disons moyen à la médiocre », d’après Samir Tirellil, un jeune de 33 ans, sans emploi certes mais qui se débrouille pas mal en cherchant son gagne-pain dans un salon de thé.
Diplômé en sciences comptables, M. Tirellil a ajouté que sur les deux dernières années où « j’ai remarqué que la seule chose positive c’est la sécurité, le pays devient de plus en plus sécurisé malgré le terrorisme ».
Bien que la Banque Mondiale (BM) s’affiche plus optimiste quant à l’avenir de l’économie tunisienne (soit 2,5% de croissance prévue pour 2016 et 3,3% pour 2017), l’état des lieux de l’économie tunisienne semble être loin d’être sur la voie du rétablissement dans l’immédiat.
Le secteur touristique qui touche environ 7% du PIB du pays a lourdement payé la facture du terrorisme durant les cinq dernières années. Pour ne citer que l’année dernière, plus de 30% des hôtels ont fermé leurs portes.
Pire encore, de 2010 à fin 2015, la balance commerciale est de plus en plus déficitaire pour atteindre en décembre dernier 6 milliards d’euro de chute, toujours selon des chiffres de la BM.
« L’économie tunisienne a connu durant les cinq dernières années, à rythme croissant, une certaine fragilité voire même aiguë parfois manifestée entre autres à travers la chute spectaculaire du dinar tunisien d’au-delà de 15% par rapport à l’euro et au dollar américain », a révélé à Xinhua Najib Laaribi, responsable d’un établissement financier tunisien.
Parmi les raisons qui expliquent cette « décadence économique », toujours selon M. Laaribi, figure la dégradation de la situation financière, « ce qui a mis sous pression les entreprises publiques et privées: carence de la matière première et une facture d’impôts gonflée en plus d’un contrôle agressif imposé par la nouvelle loi des finances 2016 ».
« Le manque de la matière première et l’augmentation des impôts a engendré des faillites partout dans le secteur privé d’où la flambée du taux de chômage (…) ajoutant à tout cela la stratégie de privatisation adoptée par les cinq gouvernements ayant succédé au pouvoir depuis 2011 (certaines entreprises publiques phares ont été cédées à des capitaux étrangers notamment du Golfe arabe », a encore regretté le financier tunisien M. Laaribi.
Bien que le constat général en Tunisie « post-révolution » s’avère négatif, une sérieuse volonté politique est de plus en plus apparente avec l’installation d’un nouveau gouvernement pour un mandat de cinq ans. D’où, les Tunisiens gardent encore l’espoir de voir leur pays se relancer économiquement avec une ambition de s’ouvrir davantage sur de nouveaux marchés prometteurs dont l’Asie et l’Amérique latine.