Les prix du pétrole sont passés brièvement en dessous de 30 dollars il y a deux jours. Un signe inquiétant.

Le baril est coté en ce 14 janvier 2016 à 34,84 dollars pour le WIT et à 30,44 pour le Brent. Gouverner étant prévoir, quel impact sur toute la société algérienne d’un cours allant e 20 à 60 dollars le baril ? C’est l’objet de cette contribution d’Abderrahmane Mebtoul*.

 

  

Pour la LFC 2015, à 60 dollars le baril de pétrole, les recettes de Sonatrach ont été établies par le gouvernement à 34 milliards de dollars. L’on doit en retirer 20% de charges, ce qui nous donne 27 milliards de profit net. Le prix du gaz est indexé sur celui du pétrole. Or, il y a une information internationale de taille en ce mois de janvier 2016 : le Qatar, dès le 1er janvier, devait écouler le GNL vers l’Inde à 6/7 dollars le MBTU alors que la rentabilité pour l’Algérie se situe entre 14/15 dollars le MBTU. Nous aurons, tenant compte de ces informations, les scénarios suivants :

1- à 50 dollars le baril, le profit net de Sonatrach se situerait autour de 21 milliards de dollars ;

– à 40 dollars le profit net de Sonatrach se situerait autour de 15 milliards de dollars ;

– à 30 dollars le profit net de Sonatrach se situerait autour de 9 milliards de dollars ;

– à 20 dollars le profit net de Sonatrach se situerait autour de 3 milliards de dollars.

La loi de finances pour 2016 a été élaboré sur la base d’un cours pétrolier de 37 dollars le baril, ce qui n’est, en fait, qu’un qu’artifice comptable. Le déficit budgétaire sur la base d’un dollar à 106 dinars est de 35 milliards de dollars, mais si on avait appliqué 75 dinars un dollar, le déficit dépasserait 45 milliards de dollars, ce glissement du dinar à la baisse voilant l’importance du déficit budgétaire et gonflant artificiellement le Fonds de régulation des recettes de l’Etat, calculé en dinars.

En réalité, le budget d’équipement et de fonctionnement de l’Algérie, selon le FMI, fonctionne sur la base d’un cours de 110/115 dollars le baril. Les incidences sont :

– sur le Fonds de régulation des recettes (ces recettes sont prévues à 17/18 milliards de dollars fin 2016 sur la base d’un cours largement supérieur à 50 dollars) : à ce rythme le fonds fondrait courant 2017.

– sur les réserves de change (152 milliards de dollars au 1er septembre 2015 et certainement beaucoup moins au 31 décembre 2015) : les sorties de devises en 2014 ont été de 71,3 milliards de dollars de biens et services, montant auquel il faut ajouter 4/5 milliards de dollars de transferts légaux de capitaux, soit entre 75/76 milliards de dollars. Pour 2015, avec une baisse des importations relativement faible d’environ 6/7 milliards de dollars, cela donnerait une sortie de devises d’environ 68/70 milliards de dollars. Au vu du cours actuel (entre 30/40 dollars le baril de pétrole), il sera nécessaire, pour 2016, d’élaborer une loi de finances complémentaire : au rythme de l’actuelle dépense publique, les réserves de change fondraient vers 2018, ce qui signifie un retour proche vers le FMI. 

– Incidence sur la valeur du dinar, corrélée à 70% aux réserves de change, elles-mêmes provenant de la rente des hydrocarbures. Avec la baisse tendancielle des réserves de change, il y aura un dérapage proportionnel de la cotation du dinar pour ne pas dire dévaluation effective, avec un écart sur le marché parallèle (dont la cotation actuelle dépasse 180 dinars un euro).

-Incidences macroéconomiques. Il y a lieu d’avoir une vision réaliste car 70% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées proviennent de l’extérieur : le secteur industriel est dominé à 95% par des entreprises familiales peu initiées à la concurrence ; il ne représente que 5% du PIB et ne peut pas compresser au-delà de 25/30% à case des risques de tensions économiques et sociales.

– Incidences sur le rythme de la croissance économique, 80% directement et indirectement provenant de la dépense publique va la rente des hydrocarbures. Il y risque d’accroissement du taux de chômage, déjà sous estimé avec les emplois-rentes notamment dans l’administration et les sureffectifs des entreprises publiques. 

En résumé, la dette extérieure étant inférieure à 4 milliards de dollars et les réserves de change étant d’environ 140/145 milliards de dollars, il y a lieu de bien utiliser celles-ci. Il s’agit d’une richesse virtuelle qu’il faudrait transformer en richesse réelle, la capital argent n’étant qu’un moyen et ne créant pas de valeur. Cela implique une visibilité et une cohérence dans la politique économique qui font cruellement défaut faute de planification stratégique. La dynamisation de l’entreprise privée locale, internationale et publique doit passer par la levée de toutes les entraves afin que celle-ci s’insère dans le cadre des valeurs internationales en termes de coût et qualité.

Nous devons aussi éviter trois illusions. La première est la généralisation à tous les secteurs de la règle des 49/51%. La deuxième est l’illusion de l’ère mécanique du passé, le développement reposant en ce XXIème siècle sur l’économie de la connaissance et la bonne gouvernance. La troisième est l’illusion quant au rôle du bâtiment dans la croissance: il faut, en effet, revoir l’actuelle politique reposant essentiellement sur les infrastructures.

 

(*) Professeur des Universités, expert International en management stratégique.