Les candidats de la diaspora ont apporté des idées nouvelles qui mettent à nu l’archaïsme de l’économie algérienne (DR)

 

 

Les candidats à la présidentielle issus de la diaspora ont partout un vent de fraicheur dans le discours économique en Algérie. Mais le décalage demeure important entre ces idées neuves et la réalité de l’économie algérienne.

 

Comment transformer l’Algérie en une Suisse de l’Afrique, ou en faire un nouveau Singapour ? Faut-il adopter le modèle de développement turc pour devenir un pays émergent ?

La précampagne pour les élections présidentielles s’est attaquée à quelques dogmes, avec un vent de fraicheur apporté par des candidats issus de la diaspora, qui s’invitent, pour la première fois, dans le débat politique avec autant de vigueur. Leur intrusion n’a pas encore d’impact significatif, mais elle a d’ores et déjà permis de mesurer le fossé qui sépare l’économie algérienne de ce qui se fait ailleurs dans le monde.
L’arrivée de ces Algériens portant une double culture, avec le recul que permet l’éloignement, est en elle-même une petite victoire. Même la candidature de Rachid Nekkaz, devenu célèbre pour avoir payé les amendes infligées à des femmes pour le port du niqab en France, où il avait postulé à la magistrature suprême, n’a pas particulièrement choqué les Algériens. Leur audace, leur manière d’aborder les questions qui relèvent du dogme en Algérie, ont suscité de la curiosité, semé le trouble parfois, mais n’ont pas suscité d’hostilité particulière.
L’approche des questions économiques de la part de ces nouveaux candidats a permis de compléter un consensus qui s’instaure en Algérie : à l’exception de la bureaucratie gouvernementale, plus personne ne croit à la poursuite du modèle économique en vigueur dans le pays. Cela n’a pas encore débouché sur des programmes économiques élaborés, portés par des personnalités en vue, mais cette caricature d’une économie algérienne alimentée par les hydrocarbures, orientée vers les importations et la consommation, a fini par constituer un véritable repoussoir.
Critiques à l’intérieur même de la citadelle
Dans la foulée, des voix, au sein même du système en place, commencent à critiquer le modèle, même si elles demeurent encore timides. L’austère gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, a fini par dire que ce modèle n’est plus tenable. Pour lui, le pays ne peut plus vivre sur la dépense publique et les importations. Son constat arrive avec beaucoup de retard, mais il s’ajoute à celui d’autres spécialistes, chez qui une sorte d’unanimité se dégage.
Le doute s’installe même à propos du modèle keynésien supposé en vigueur depuis une décennie. La mise à niveau des infrastructures, portée par la dépense publique, était certes nécessaire, mais elle n’a pas eu l’effet attendu sur la croissance. C’est le ministre des finances Karim Djoudi lui-même qui fait le constat, et qui souhaite que l’entreprise penne le relais.
Mais si M. Djoudi, en poste depuis une décennie et qui ne peut reconnaitre l’échec de ses réformes, est contraint de défendre son bilan, les candidats à la présidentielle sont unanimes pour dénoncer l’échec du modèle instauré par M. Bouteflika. La fiscalité, le système financier et bancaire, tout cela doit être revu de fond en comble, affirme M. Benouari, ancien ministre et candidat à la présidentielle. Il s’attaque aussi à la parité du dinar, qui favorise les importations. Il propose de dévaluer le dinar, et d’aller plus loin : de lancer symboliquement un nouveau dinar, qui vaudrait 100 dinars actuels, pour repartir sur de nouvelles bases.
Nouveaux producteurs d’idées
Parallèlement à l’émergence de ces discours innovants, de nouveaux producteurs d’idées économiques sont apparus à la faveur de la précampagne pour les présidentielles. Avec toutes leurs ambigüités. Le collectif Nabni en est l’exemple le plus achevé. Bénéficiant d’appuis certains dans le monde des affaires, Nabni a élaboré un programme détaillé comportant un ensemble de mesures économiques clairement libérales. Nabni est d’ailleurs engagé dans un compagnonnage remarquable avec le Forum des Chefs d’entreprises (FCE). Le think-tank est devenu le porte-parole le plus visible du patronat algérien, grâce au très médiatique Rédha Hamiani. Leur discours est d’autant plus séduisant qu’en face, c’est le vide : ni le discours et la pratique bureaucratique du gouvernement, ni le dogmatisme rigide du Parti des Travailleurs de Louisa Hanoun, ne font le poids. Cela permet des avancées remarquables, comme la remise en cause des subventions massives destinées à acheter la paix sociale, mais ruineuses sur le plan économique. Cette question, jadis très sensible, n’est plus un tabou.
Ces nouveaux discours semblent toutefois se limiter à un monde virtuel. Dominants dans les colloques et les centres de réflexion, ils sont absents dans la pratique, car l’économie est encore gérée selon les vieilles recettes bureaucratiques, alors que le gaspillage et la corruption ont atteint un niveau insoupçonné, comme l’a révélé l’affaire Chakib Khelil. Le privé, qui tient un discours très moderne sur l’économie de la connaissance, reste lui aussi dans l’ambiguïté. Il continue à profiter pleinement de la gabegie bureaucratique. Rédha Haminai en convient : « la politique économique du président Bouteflika nous convient », a-t-il déclaré.