Abdelhakim Hadjou, DG de Trust Assurance.

Les compagnies d’assurance ont commencé à transmettre leurs propositions pour la révision de la loi de 2006 régissant le secteur des assurances. Abdelhakim Hadjou, DG de Trust Assurance, explique, dans cet entretien, la nécessité de refonte de la réglementation et d’intégrer des produits de la finance islamique.

 

 

Maghreb Emergent : Une réflexion est entamée à propos de la révision de la loi sur les assurances. Quelles sont les propositions de la compagnie ?

 

Abdelhakim Hadjou : Il était temps que le secteur se penche sur la révision de la loi qui, depuis plus de dix ans, n’a pas subi de grandes modifications. Notre secteur est en mouvement car propulsé par les exigences des consommateurs de plus en plus importantes. Celles-ci sont mues par une concurrence féroce principalement sur les tarifs et également sur les prestations.

A ceci s’ajoutent l’exigence de mettre à niveau les systèmes de gouvernance en ligne avec le développement accru des TIC. Notre compagnie a eu à recommander, à l’Union des assureurs et des réassureurs, et ce, à l’instar de ses consœurs, une série de mesures pour l’amélioration du contexte réglementaire du secteur des assurances afin de permettre aux acteurs d’activer en toute transparence à même d’assurer plus de flexibilité pour l’innovation des produits et dans les systèmes de gestion, le tout étant profitable au citoyen algérien.

 

En quoi consistent vos recommandations ?

 

Globalement, elles consistent en l’amélioration du dispositif réglementaire en matière de systèmes de couverture pour permettre aux compagnies d’assurance d’élargir leur gamme de couverture pour faire face aux besoins accrus des consommateurs. D’un autre côté, pour faire face à la concurrence des compagnies sur les tarifs et les prestations, nous avons recommandé l’amélioration de la convention inter-compagnies pour réduire les effets de la concurrence sur le tarif et soutenir l’amélioration de la prestation. A titre d’exemple, notre compagnie a soutenu la mise en place des conventions sur les indemnisations directes des assurés et celle relative à la liquidation des dossiers entre les compagnies afin de réduire les délais d’attente et d’accélérer le règlement des sinistres. S’agissant du système de régulation et de contrôle des activités des assurances, notre compagnie a recommandé l’allègement du dispositif relatif aux risques fortement cédés en réassurance, notamment les risques de construction, engineering, etc., en considérant les montants cédés en réassurance chez notre réassureur local, la Compagnie centrale de réassurance, et chez les réassureurs étrangers comme une sécurité financière additionnelle à côté de nos placement exigés en bons de Trésor.

Dans le même sillage, le calcul de la taxe sur l’activité professionnelle dans notre secteur mérite plus d’explication, notamment ce qui concerne l’assiette de calcul. Nous avons recommandé l’unification du mode de calcul en prenant en considération les montants cédés en réassurance.

S’agissant des systèmes de distribution des produits d’assurance, la réglementation actuelle a prévu une diversification non négligeable des canaux. Néanmoins le dispositif relatif à l’accès au métier d’agent général mérite un assouplissement pour permettre aux compagnies d’assurance d’élargir ce type de réseau de distribution afin de couvrir le territoire national et se rapprocher davantage de la clientèle. Il est utile de préciser que ce type de réseau reste le plus profitable aux compagnies pour le développement des activités.

 

Vous avez parlé de la nécessité d’innovation. Comment voyez-vous l’initiative des pouvoirs publics sur une éventuelle législation sur la finance islamique et le takaful ? Quel en serait l’impact sur le secteur ?

 

Votre question est non seulement d’actualité mais elle est au centre de mes intérêts. Depuis 2005, je travaille sur le sujet de la finance islamique et j’ai eu à animer plusieurs séminaires au niveau national et international sur ce sujet.

De par le monde, l’activité de la finance islamique incluant le takaful a enregistré des taux d’évolution à deux chiffres au moment où les marchés financiers mondiaux ont connu des crises. Certains assureurs mondiaux ont influencé les régulateurs de leurs marchés pour mettre en place les réglementations spécifiques afin de pouvoir lancer des produits financiers islamiques, attirer la communauté musulmane et accroître leur position dans leurs marchés. Nos voisins, la Tunisie et le Maroc, ont déjà lancé leurs dispositifs réglementaires. S’agissant de notre pays, le projet est en cours.

Le lancement de nouveaux produits takaful à côté du système conventionnel permettra d’offrir plus de choix au consommateur algérien et d’accroître certainement la compétition entre les compagnies en termes d’offre à la clientèle, ce qui impactera positivement la croissance du marché. A ce titre, nous avons eu à proposer de favoriser le système de window (guichet) afin de permettre une équité entre les acteurs du marché dans le lancement de leurs produits sans l’exigence d’allouer un capital supplémentaire pour la création d’une filiale autonome. Ceci est valable aussi bien pour les assurances de personnes que pour les assurances dommage.

 

Entretien réalisé par Karim Sabeur